Visites ces 30 derniers jours

lundi 21 mai 2012

La campagne pour les législatives commence



Bonjour à tous,

Voici bientôt venu le temps des législatives. Dans la continuité des présidentielles qui ont vu François Hollande l'emporter, ces élections législatives ont pour but d'élire ceux qui vont voter pour nos lois pendant 5 ans (sauf en cas de dissolution...). Ces élections sont importantes pour le nouveau président quoi doit avoir une majorité suffisamment solide pour pouvoir gouverner. 
6 591 candidats (environ 11 candidats par circonscription) à travers la France vont donc tenter d'accéder au palais Bourbon. Voyons voir quels partis s'engagent dans la bataille, dans quel but et avec quelle stratégie ? A quoi va ressembler notre prochaine Assemblée Nationale ? Existe t-il une probabilité de cohabitation ? 

Forces en présence : 


Les forces en présence seront bien sûr principalement les forces politiques qui ont marqué la présidentielle. Mais nous évoquerons comme nous le pouvons également les forces locales ou non présentes lors des présidentielles. 

Gauche : 


-Lutte Ouvrière, représentée par Nathalie Arthaud aux présidentielles, a annoncé présenter 552 candidats dans toute la France et l'Outre-mer. Le Nouveau Parti Anticapitaliste, représenté par Philippe Poutou, ne pourra lui présenter que 350 candidats. Le Parti Ouvrier Indépendant, non présent aux présidentielles, présente lui 106 candidats. Ces partis d'extrême gauche seront donc plus ou moins présents. Il faudra toutefois compter sur eux. 

-Le Front de Gauche présentera normalement un candidat dans chaque circonscription métropolitaine. La majorité des candidats viennent du Parti Communiste (80 pour cent environ) et le Parti de Gauche en présente 103. D'autres candidatures sont réservées à d'autres composantes du Front de gauche, comme le MPEP, République et Socialisme, Gauche Unitaire... Le leader du Front de Gauche a notamment décidé de se présenter lui-même dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais contre Marine Le Pen, bien implantée de ce qui constitue un des bastions du Front National. Nous détaillerons quelque peu ce "match dans le match" plus tard.  

-Le Parti Socialiste, allié au Parti Radical de Gauche, au MRC et parfois à Europe Ecologie les Verts, présente ou soutient un candidat dans chaque circonscription. Cette coalition apparaît comme favorite, mais attention à la dynamique et au trop plein de confiance : la victoire de François Hollande a ainsi entraîner des dissidences et des problèmes concernant les investitures : Martine Aubry a par exemple favorisé l'investiture d'Aubryistes en Somme au détriment d'Hollandistes (car elle n'a pas été nommée premier ministre), et des candidats du PS, enjoués par la victoire, ont voulu se présenter alors qu'une investiture PS-EELV existait déjà ! Les candidats du PS ou d'EELV se marchent sur les pieds notamment dans la 5ème Circonscription de l'Eure ou la 1ère Circonscription d'Ile-et-Vilaine. Le PS pourrait faire gagner 4 à 6 candidats du MRC et une vingtaine du PRG. 

-Europe Ecologie se présente dans quasi toutes les circonscriptions en accord avec le PS, le Mouvement Ecologiste Indépendant (Antoine Waechter) ou seul. Un accord avec le MEI a été passé dans une vingtaine de circonscriptions. 121 candidats seront rattachés au MEI. 

Centre : 


-Cette année, François Bayrou, après une présidentielle en semi-teinte, tente de relancer le centre. Il se lance dans les législatives avec le "Centre pour la France", une coalition rassemblant le Modem et d'autres centristes. 

-Mais cette alliance peine à rassembler. En effet, malgré la fin de l'association entre le Parti Radical Valoisien et l'UMP, le PRV investit seul 111 candidats sans rentrer dans le rassemblement de Bayrou. 35 seront toutefois soutenus par l'UMP. Le Parti Radical a signé une alliance financière avec le Trèfle, parti écologiste. Il tente aussi de rassembler avec l'Union des radicaux, centristes, indépendants et démocraties, une association créée le 11 avril 2012. 

-Le Nouveau Centre a investi quant à lui 127 candidats début février. Le Parti Chrétien Démocrate voulait en investir une centaine selon l'accord de désistement que Christine Boutin a signé en faveur de Nicolas Sarkozy. 

L'impression est donc à la désunion chez les centristes et démocrates-chrétiens. 

Droite : 


-L'UMP a investi en Janvier 501 candidats, les 76 restants étant des candidats d'autres partis soutenus par l'UMP. L'UMP ne se présente pas dans certaines circonscriptions où le PCD, le Nouveau Centre et République Solidaire sont présents. Suites aux investitures, des candidatures dissidentes ont aussi été déposées, par exemple celle de Christian Vanneste, député du nord renvoyé de l'UMP et dont l'investiture n'a pas été reconduite. 

-Debout la République, représenté par Nicolas Dupont-Aignan aux présidentielles, sera aussi présent lors de ces élections. Son président-candidat avait annoncé présenter des candidats partout où c'était possible. Ainsi, 320 candidats du parti gaulliste et républicain seront dans la bataille, dont "NDA" lui-même, candidat à sa succession dans sa circonscription d'Yerres (Essonne), où cette fois-ci un candidat UMP est investi. 

-Le Front National se présente aux législatives dans un plus large rassemblement que Marine Le Pen a voulu étendre aux souverainistes et patriotes. Ainsi, le Rassemblement Bleu Marine est composé du Front National, du SIEL (Paul-Marie Coûteaux). Marine Le Pen a prévu de réserver une part des investitures à d'autres mouvements que le Front National et à de nouveaux adhérents. Normalement, quasiment toutes les circonscriptions devraient être couvertes, mais des candidatures dissidentes existent aussi, comme en Moselle contre le porte-parole du mouvement Florian Philippot, "parachuté" selon le candidat dissident renvoyé du Front-National. 

Autres : 


D'autres partis présentent des candidats. D'abord, Solidarité et Progrès, le parti de Jacques Cheminade, a investi 78 candidats en France. L'Alliance Ecologiste Indépendante, qui n'a pas signé d'accord avec les autres écologistes, se présente dans 363 circonscriptions. Le Parti Pirate présenterait 102 candidats. Le RPF aussi présente des candidats, tout comme la ligue du sud ou d'autres petites formations (Nouvelle Droite Populaire, Mouvement National Républicain, Parti de la France). 


Faits Marquants :

  

"Duel des Fronts" à Hénin-Beaumont : 


Cette campagne des législatives a déjà été marquées par plusieurs faits politiques. Le premier est bien sûr la "revanche" entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Après une victoire de cette dernière au premier tour de la présidentielle (18 pour cent contre 11 pour cent), un "match retour" a lieu avec ces législatives dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais. En effet, considérée comme un bastion Frontiste, cette circonscription a vu Jean-Luc Mélenchon se présenter pour suivre son "ennemi juré", Marine Le Pen. Les frontistes voient ça d'un mauvais oeil, parlant d'une obsession de la part d'un "candidat parachuté". Voici les candidats dans cette circonscription sur laquelle nombre de regards se portent : 

- HUBERT Nathalie (Lutte ouvrière) suppléant : LORENTE Jean
- LE PEN Marine (Front National) suppléant : BRIOIS Steeve
- ROSE Pierre (Objecteurs de croissance 62) suppléant : MENAGER Olivier
- TONDELIER Marine (Europe Écologie Les Verts) suppléant : SANCHEZ Pablito
- URBANIAK Jean (Sans étiquette) suppléant : RAMDANI Nesredine
- VAST Michel (DVD - Debout la République) suppléant : LOIR Paule
- BOUSNANE Mohamed (Union pour la Diversité et la Solidarité alliance écologique indépendante) suppléant : WARGNIER Richard
- DUVAL Séverine (Nouveau Parti Anticapitaliste) suppléant : GABELLE Dominique
- RICHET Murielle (Le Trèfle-les Nouveaux Ecologistes Homme-Nature-Animaux) suppléant : SALIGNON Janine
- DESSENNE Michèle (Mouvement politique d'éducation populaire) suppléant : MAISON Jean-François
- SAHRAOUI Rachida (Parti Radical Valoisien) suppléant : DROUET Marc
- MELENCHON Jean-Luc (Front de Gauche) suppléant : POLY Hervé
- KEMEL Philippe (Parti Socialiste) suppléant : MUSIAL Christian
- CUCHIARRO Daniel (Ecologiste) suppléant : HOUDARRI Abd Arahnéne

Il est tout à fait possible que Jean-Luc Mélenchon soit venu pour médiatiser sa campagne, les médias étant bien sûr attirés par ce second choc avec Marine Le Pen. Il est aussi possible que cette candidature soit une sorte de revanche après un score aux présidentielles plus faible qu'attendu. Remarquons en tout cas que l'UMP n'est pas réellement présente dans cette circonscription, même si le Parti Radical se présente et si l'UMP soutient le Modem (Urbaniak). Le candidat sortant est du PS, mais il faut bien insister sur la popularité du FN et de Marine Le Pen dans cette région du nord, anciennement industrialisée, sinistrée, où le chômage est important et où l'immigration est assez importante. Ainsi, Marine Le Pen a t-elle fini seconde au premier tour des présidentielles dans le département du Pas-de-Calais avec 25 pour cent des suffrages exprimés, et même première dans la commune d'Hénin-Beaumont avec plus de 35 pour cent. Selon des sondages récents, c'est donc logiquement que Marine Le Pen sortirait en tête au premier tour avec 34 pour cent des voix, mais comme cette dernière n'aurait pas assez de report de voix au second tour et comme le candidat arrivé deuxième à gauche pourrait se désister, celle-ci perdrait le second tour. Cela profiterait donc à Jean-Luc Mélenchon, qui serait élu avec 55 pour cent contre 45. Si c'est le candidat PS qui arrive en tête, il gagnerait avec 56 pour cent, et si une triangulaire a lieu, l'issue serait la même pour le FN. Toutefois, les frontistes mettent en doute ce sondage IFOP. 

La parité respectée ? 


Autre fait marquant en ce début de campagne, l'affaire de la parité. Alors que Jean-Marc Ayrault a formé un premier gouvernement respectant strictement la parité entre hommes et femmes, on peut considérer que la parité aux législatives est en recul depuis 2007. Environ 40 pour cent des candidats sont des candidates, contre 41,6 en 2007. Mais la polémique touche surtout l'UMP qui n'a investi que 28 pour cent de femmes alors même qu'il est l'un des partis, si ce n'est le plus gros parti de France. Si la parité est parfois difficile à respecter pour les petits partis, elle devrait au moins être respectée par les gros partis estiment certains. Ainsi l'UMP pourrait se voir infliger une sanction de 4 millions d'euros pour non respect de cette parité. Ce ne sera pas le cas pour Europe Ecologie qui assure avoir investi autant de femmes que d'hommes. 

Enjeux et stratégie : 


L'enjeu majeur pour François Hollande et la gauche est bien sûr d'avoir la majorité la plus large possible pour pouvoir gouverner et asseoir leur légitimité. La capacité à gouverner serait d'autant plus grande que la gauche détient aussi le sénat, les régions, la majorité des départements et des grandes communes. L'enjeu est aussi de légitimer le gouvernement dont certain membres se présentent dans une circonscription qu'ils doivent gagner s'ils veulent rester en place. Le Parti Socialiste comptait bien, pour ce faire, s'appuyer sur la gauche plurielle (Front de Gauche, écologistes, radicaux, citoyens...) par des alliances, mais malgré toutes les négociations,  rien n'en ressorti. La seule alliance existante entre le PS et les formations de gauche est donc celle avec EELV ou celle avec les alliés de la présidentielle (MRC, PRG). Toutefois on peut parier que la gauche, comme à son habitude, sera unie et saura se désister en faveur du candidat en tête de la gauche. C'est également en comptant sur cette attitude que le Front de Gauche souhaite se renforcer. Mais le problème d'une majorité trop plurielle pour le gouvernement résiderait dans une trop grande dépendance de cette majorité et du gouvernement vis-à-vis des autres formations de gauche qui, si elles ne sont pas satisfaites de la politique menée, pourraient être en opposition. Le Parti Socialiste doit donc s'efforcer d'avoir une majorité absolue (289 sièges) à lui seul, ce qui est atteignable. 

L'UMP est quant à elle dans une logique d'opposition. L'ex parti-présidentiel souhaite faire barrage à la gauche et une cohabitation pour ne pas que celle-ci contrôle toute la politique nationale en plus de la politique locale et régionale. Mais l'UMP est en fait prise au piège en terme de stratégie. En effet, son intérêt pour limiter la casse serait bien sûr de s'allier avec le Front National ou tout du moins de mettre en place un système de désistement pour que le FN se désiste en sa faveur et éviter ainsi les nombreuses triangulaires qui semblent se profiler et qui profiteraient souvent au PS. Mais une telle alliance est dénoncée par Jean-François Copé qui se soucie de la "respectabilité" de son parti et qui souhaite sans doute devoir le moins possible au Front National. Marine Le Pen n'est pas non plus favorable à une alliance nationale, mais n'est pas contre au cas pas cas, c'est à dire au niveau local. Il faut dire que cela pourrait l'arranger et lui permettre de faire élire quelques députés. De toute évidence, de telles alliances locales, plus ou moins tacites, auront lieu. Mais pas dans l'ampleur que le voudraient la majorité des électeurs de droite, frontistes comme "UMPistes". 


Pronostics : 


A quoi ressemblera donc cette Assemblée Nationale ? En toute logique, cela devrait être le Parti Socialiste qui devrait l'emporter. Mais attention, il faut noter deux points importants : d'abord, l'écart aux deux tours des présidentielles entre le PS et l'UMP ne fut pas si important que prévu par les sondages. Ensuite, les français semblent plus avoir voter contre Nicolas Sarkozy que pour François Hollande. Ainsi, un sondage de chez Harris pour M6 au soir du 6 mai montre que 54 pour cent des français souhaiteraient une cohabitation. Le même soir, toujours selon Harris, l'UMP serait en tête des intentions de vote pour les législatives de juin avec 32 pour cent. Toutefois, le PS a réduit l'écart depuis et les deux partis sont au côte-à-côte. La participation devrait être importante selon les sondages : nous ne pouvons pas tabler sur la démobilisation de l'électorat de droite pour prédire le résultat de ces élections. 
Le Parti Socialiste devrait obtenir une majorité absolue malgré un nombre de voix à peu près équivalent au premier tour à celui de l'UMP. Cette majorité serait obtenue grâce aux triangulaires provoquées par le Front National (peut-être plus de 300 !), car à notre avis, le Front National devrait obtenir un score similaire à celui d'avril dernier. Le Rassemblement Bleu Marine a peut-être localement des chances d'avoir 5 députés, mais il nous semble difficile d'en obtenir faute d'alliance. Le Front de Gauche aura probablement un score légèrement en retrait par rapport à avril mais plus de député qu'en 2007 grâce aux alliances. Des députés écologistes, radicaux et citoyens (MRC) pourraient aussi être élus grâce au PS. Le Modem aura quant à lui du mal, ses intentions de vote étant tombées à 5 pour cent. François Bayrou n'est lui même pas assuré d'être réélu dans sa circonscription. Nicolas Dupont-Aignan, réélu en 2007 dès le premier tour sera probablement mis en ballotage du fait de la présence d'un candidat UMP. Celui-ci devra jouer sur son implantation locale pour relever ce défi et ne pas perdre son siège. 




Vincent Decombe

mardi 8 mai 2012

L'image présidentielle à travers l'histoire.


La France a connu durant son histoire constitutionnelle contemporaine 23 présidents de la République, dont les pouvoirs, les rôles politiques, les visions furent bien différents au grès des époques et des régimes.

Il existe néanmoins 2 constantes chez tout chef d'Etat que la France a connu à la plus haute fonction : d'abord, le fameux portrait présidentiel (auquel seul Louis Napoléon Bonaparte échappa), et ensuite l'image que le président de la République dégage et renvoie à l'ensemble du pays, qui comporte 3 « stéréo-types » majeurs depuis la V° République (époque à laquelle le président devient peu à peu la pièce centrale du système politique) dont les manifestations sont cependant inégales selon le titulaire de la fonction.

Cet article est issu d'une conférence donnée à Epinal le 3 Novembre 2011 sur l'image du président en la présence de Fabrice Gartner (Professeur de Droit Public à l'université de Lorraine), Elodie Derdaele (Maître de Conférence en Droit Public à l'université de Lorraine) et Adeline Karcher.

Le portrait présidentiel


Son but essentiel est de représenter la fonction de président de la République, considéré en quelque sorte comme le « premier magistrat » (au sens politique et non juridique) du Pays.
Ce portrait a toujours figuré dans toutes les Mairies de France.

Durant la III° et même la IV° République, la place du président dans le régime politique, de par la constitution, n'est pas fondamentale : il n'est pas un dirigeant ni même un gouvernant à proprement parler, mais davantage un représentant de la Nation et de l'État, arbitre institutionnel.
À ce titre, le président se tient sur le portrait à l'image de son rôle politique relativement effacé : sa posture est décalée et détachée, sobre, sans ostentation, sans grandeur, presque absent (notamment par son regard fuyant). Son seul but est de représenter la République, sans se mettre en valeur (sans personnification aucune de la fonction) à l'inverse de ce que furent les portraits de certains Rois ou Empereurs.
Une symbolique est ajoutée, mais son rôle n'est pas tant de glorifier le personnage que de représenter là encore la chose publique.

-Armand Fallières  : président de 1906 à 1913-


Quant au Maréchal Pétain, bien qu'il ne fut jamais président de la République mais « Chef de l'État Français », il a également eu à cet effet un portrait représentant sa fonction, et le changement vis-à-vis de la III° République fut radical. En effet cela marque un clair retour à la personnalisation politique : Philippe Pétain est présenté comme un sauveur de la Nation, un chef accompagné par un idéal qu'il porte. Bien que le portrait officiel du chef d'Etat n'est pas très représentatif de l'ensemble de cette personnalisation (cela dit on note que le Maréchal figure en costume militaire), il faut également noter qu'il a fait faire son propre buste.

Comme déjà dit, la IV° République reprend pour l'essentiel les codes de la Troisième République, comme en atteste le portrait de René Coty.

-René Coty : président de 1954 à 1959-


La V° République marque un nouveau tournant en la matière : le président de la République (le premier du régime fut Charles de Gaulle) s'affirme progressivement comme un élément essentiel du régime politique (avec notamment son élection au suffrage universel direct à partir de 1962, renforçant ainsi considérablement sa légitimité politique).
Ce nouveau rôle beaucoup plus important dans les institutions se remarque au travers du portrait présidentiel, bien que celui-ci connaîtra durant le régime des évolutions au gré des personnages politiques accédant à la plus haute fonction.

En premier lieu, la symbolique républicaine restera bien présente (sous De Gaulle puis Pompidou lesquels revêtiront tous deux les habits de cérémonie et le grand collier de la légion d'honneur). Cela étant l'attitude diffère déjà : le président occupe pleinement le portrait, et si son regard est encore quelque peu évasif, le reste de son buste fait clairement face à l'observateur. Son attitude est grave, droite, il domine la fonction. De plus, la photographie est pour la première fois en couleur, alors que le noir et blanc avait tendance à ternir quelque peu les présidents précédent.

-Charles de Gaulle : président de 1959 à 1969-


Le portrait est quasiment le même pour Georges Pompidou.

Le changement est cependant encore plus criant lorsque Valéry Giscard d'Estaing devient président en 1974. Bien que Charles de gaulle ait su s'adapter aux nouvelles techniques (radio et télévision) pour s'adresser au peuple, le président le plus jeune de la V° République en a fait un atout essentiel, voulant se montrer proche des citoyens, comme en atteste son portrait, qui fait fi de tout symbolisme (hormis le drapeau tricolore), rapproche considérablement le cadrage et met davantage en avant l'homme (qui est d'ailleurs souriant et non sérieux) que la fonction.

-Valéry Giscard d'Estaing : président de 1974 à 1981-


Si François Mitterrand revient à une certaine orthodoxie, il innove également à sa manière. En premier lieu, il regarde clairement, droit dans les yeux, l'observateur. Ensuite, le cadrage est rapproche, si bien qu'on a l'impression qu'il est assit, se met en quelque sorte d'égal à égal pour se rapprocher du peuple, ce qui ne l'empêche pas d'incarner la fonction (même sans le symbolisme républicain) de par son regard. Enfin, il tient un livre, ce qui est un élément personnel qu'il intègre au tout, d'où une légère personnalisation.

-François Mitterrand : président de 1981 à 1995-


Jacques Chirac, quant à lui, apporte sa touche personnelle à la tradition des portraits : l'image le met en scène pour la première fois en plein air, souriant, sans symbolisme hormis le drapeau français, exprimant une fierté, une bienveillance, une présence sur le cliché mais pas une omniprésence. Le portrait se rapproche sensiblement de celui de Valéry Giscard d'Estaing.

-Jacques Chirac : président de 1995 à 2007-


Enfin concernant le président actuel, Nicolas Sarkozy, il revient à l'intérieur de l'Elysée et figure sans mystique républicaine outre mesure (on est décidément bien débarrassé de tout l'attirail) mais avec malgré tout le drapeau français et surtout, chose nouvelle, également avec le drapeau de l'Union Européenne.
Hormis ceci, la posture de Nicolas Sarkozy n'est pas originale, son corps est de biais comme durant la III° République mais il regarde très distinctement l'objectif, ce qui lui donne une certaine prestance.

-Nicolas Sarkozy : président de 2007 à 2012-


La symbolique républicaine


Dans la mystique républicaine, le président est d'abord le Chef de l'État : il est donc un représentant de la fonction, assurant la continuité de l'Etat, mais également l'incarnation du pouvoir politique.
À l'instar d'une Monarchie Républicaine, il a donc un rôle de garantir l'unité nationale, en particulier lors de ses discours, des sommets internationaux, et en tant que personnage politique clé du régime, il dispose de certaines distinctions (légion d'honneur, membre du conseil constitutionnel à vie suite à son mandat présidentiel, …).

Cependant, s'est produite, de pair au développement de son rôle politique, une sacralisation de sa fonction : le président de la république a des honneurs autant que d'obligations, et ne s'appartient en quelque sorte pas totalement, apparaissant bien davantage comme un personnage public que comme une personne privée, tous l'ont sans doute plus ou moins appris à leurs dépends.

Étant donc tout à la fois personnage public et personne privée, les présidents n'ont ainsi pu totalement unifier leur façon d'apparaître aux yeux du peuple, si bien que l'on peut distinguer chez tous, à des degrés divers, trois types d'image pour ce qui concerne ceux de la V° République.

L'image du président


On peut donc relever l'image « gaulliste », l'image « populaire », et l'image « populiste ».

L'image gaulliste se caractérise par l'absence de toute image privée du président pendant son mandat, et de très peu avant et après celui-ci. Cette image est « républicaine », c'est à dire séparant l'homme de la fonction, contrôlée dans l'attitude, représentant une certaine grandeur et hauteur de vue, et respectée de tous. Le but est de représenter la fonction présidentielle uniquement, et de le faire avec solennité et dignité.

L'image populaire est déjà imprégnée d'une stratégie de communication, dans le but de ressembler davantage au peuple. Ainsi les images privées se multiplient, même pendant le mandat présidentiel : elles sont familières, personnelles, mais n'ont encore que peu d'effet sur le peuple. Il s'agit seulement de passer pour un homme normal, plus proche du peuple.

L'image populiste est la plus aboutie en terme de marketing politique : l'objectif n'est pas seulement de montrer un président proche (ce qui est encore imaginable) mais presque parfait, à la recherche d'une autre forme de légitimité confortant sa fonction. Cette image n'est pas proposée, ou acceptée, mais proposée, manipulatrice (faire du président une sorte de star), césariste et quelque peu combattue par les médias (bien que ceux-ci ne daignent pas, préalablement, de la véhiculer avec allégresse auparavant). Elle représente la modernité, la richesse des présidents, et si elle apparaît souvent comme très superficielle, elle a au moins l'avantage d'avoir pu révéler quelques « scandales ».


L'image du président de la République est donc relativement variée tout au long de son mandat, qu'elle soit privée ou officielle.
À l'heure où la France va changer de président (François Hollande l'ayant emporté Dimanche soir face à Nicolas Sarkozy au second tour des élections présidentielles), on peut se demander à la fois comment le prochain se présentera en privé, mais également comment il se tiendra en public.

Sources

-Conférence "L'image du Président" du 3 Novembre 2011 - Épinal.


Rémi Decombe.

samedi 5 mai 2012

Demain, nous ne sommes pas seuls à voter : les législatives en Grèce



Bonjour à tous, 

Faisons un peu place dans l'actualité à nos amis Grecs, qui eux aussi votent demain pour élire leurs représentants au parlement. C'est d'autant plus important pour eux qui disposent encore moins de marge manœuvre économique que nous. Voyons donc quels sont les enjeux de ces élections, les forces en présences et surtout à quoi pourraient-elles aboutir politiquement ? L'avenir européen dépend t-il de ces élections plus que de nos élections à nous ? 


Des élections anticipées : 


Ces élections sont révélatrices d'une véritable crise politique en Grèce. En effet, en novembre dernier, après de multiples plans de rigueur conditionnant l'obtention d'aides européennes, la Grèce était toujours plus émaillée par la contestation. Le premier ministre d'alors, le socialiste Georgios Papandréou a décidé d'organiser un référendum pour soumettre à son peuple la décision de l'austérité. Le choix était donc celui de la "peur" : l'austérité ou la sortie de l'euro... Mais bien, sûr les pressions des dirigeants européens, en partie de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ont amené le dirigeant grec à abandonner son idée. L'opposition demanda alors l'organisation d'élections anticipées, ce qui fut accéléré par la démission de Papandréou, remplacé par Loukas Papadimos du partie Nouvelle Démocratie (à droite). Il forma alors un gouvernement d'Union Nationale avec les socialistes du PASOK et l'Extrême-droite du LAOS. Cependant, avec les nouvelles mesures d'austérité prises, le LAOS se retira de la coalition. L'opposition fut surtout assurée par les partis d'extrême gauche : KKE et SIRYZA, ainsi que par de petits groupes de députés de gauche ou de droite qui étaient défavorables aux plans de rigueur. 

Ces élections sont nécessaires pour redéfinir une nouvelle majorité, plus forte, la composition du parlement grec ayant évolué depuis 2009 avec les scissions. Ainsi, la majorité était devenue très fragile. 
En temps normal, le mode de scrutin de ces élections (proportionnelle à prime majoritaire) donne assez  facilement une majorité. Mais le nombre de forces politiques en présence est tel que cette fois-ci risque d'être plus compliquée. 

Voici l'évolution du parlement hellénique entre 2009 et aujourd'hui : 



-Cliquez sur l'image pour aggrandir-
Les forces en présence : 

Cette année donc, du fait de la contestation croissante, les forces présentes sont plus nombreuses et représentent plus de tendances de la vie politique grecque. Voyons un peu quelles sont les tendances qui s'affrontent pour ces législatives. 

A gauche : 

-Il y a d'abord le PASOK, équivalent du PS en France, qui est de tendance social-démocrate et donc modérée. C'est ce parti qui avait gagné en 2009 et donc mené les divers plans d'austérité en Grèce. Ceux-ci l'ont considérablement affaibli puisque de ce fait la contestation s'est cristallisé sur ce parti. En réaction, la gauche radicale et l'extrême gauche ont progressé dans l'opinion par leur opposition à la rigueur. 
-Parmi ces partis en progression à gauche il y a le parti Communiste (KKE), assez eurosceptique et de tendance marxiste-léniniste. Il fut très actif dans la lutte sociale en Grèce ces derniers mois. 
-La SYRIZA, coalition de gauche radicale et de l'extrême gauche, semble aussi pouvoir profiter de la perte de crédibilité du PASOK, et pourrait accroître son score de 2009. 
-La Gauche Démocrate est quant à elle moins radicale. C'est une scission de la SYRIZA, moins radicalement opposée au PASOK. 
-Le Pacte social est quant à lui apparu au cours de ces derniers mois : c'est une scission du PASOK. 
-Enfin les Verts et écologistes (OP) vont tenter d'émerger, mais leurs préoccupations écologistes ne sont-elles pas décalées face à la situation grecque ? 

A droite : 

-Nouvelle démocratie est le principal parti. Formant la minorité depuis 2009, il peut toutefois profiter de la division de la gauche et du PASOK pour former la future majorité. C'est un parti conservateur, qui a initié le gouvernement d'Union nationale en novembre dernier. 
-Les Grecs indépendants et l'Alliance démocratique en sont deux scissions opposées à la rigueur conduite désormais par Loukas Papadémos. Ils sont situés plutôt au centre-droit. 
-Le LAOS (l'Alerte Populaire Orthodoxe), parti d'extrême droite, compte bien renforcer son influence avec la division relative de ND. 
-Enfin l'Aube dorée (XA) est une parti néonazi, trop peu influent pour gêner une éventuelle progression du LAOS. 

Quels résultats peut-on prévoir ?  

Au regard des sondages, mais aussi des évènements qui se sont déroulés en Grèce dernièrement, nous pouvons dire que ce scrutin ne clarifiera probablement pas les choses, et les rendra même plus confuses. En effet, les sondages prévoient un effondrement du PASOK, qui ne recueillerait plus que 15 pour cent des suffrages (contre 44 pour cent en 2009), au profit de la gauche radicale, qui atteindrait un total de 25 pour cent. Le PASOK perdrait aussi des suffrages face à la Gauche Démocrate, créditée de 16 pour cent. Les verts ne progresseraient que peu par rapport à 2009. 
A droite, certes, Nouvelle Démocratie sortirait en tête, autour de 27 pour cent, mais serait en recul et n'aurait pas (loin s'en faut) de majorité. De même, le LAOS est prévu par les sondages à 3 pour cent, très loin d'une percée donc. C'est peut-être à cause du parti néonazi, qui ferait tout de même 5 à 7 pour cent selon les sondages. Les scissions de ND ne recueillerait pas plus de 2 pour cent.

Si ces résultats se vérifient bien demain, il serait bien difficile de former une majorité. En effet, nous aurions le camp de la gauche radicale et de la droite face à face avec un pourcentage similaire. Difficile pour la gauche radicale de se compromettre en s'alliant avec le PASOK, ou avec l'europhile Gauche Démocrate. Aussi, le parti Nouvelle démocratie ne trouvera pas assez de députés pour former une majorité avec son seul camp de droite. 
Le plus probable serait donc une nouvelle coalition, probablement mortelle face à un dénouement économique, politique et sociale de plus en plus instable pour le pays. 

Car l'Allemagne comptait bien dès Juin imposer de nouvelles réformes à la Grèce assorties d'un énième plan d'aide. Si une coalition venait à sortir de ces élections, il serait difficile de prendre des décisions, ce qui nous laisse penser que l'Union Européenne devrait elle-même  accroître son pouvoir de décision sur la Grèce pour appliquer les plans de rigueur. Tout cela n'oriente pas les marchés financiers vers de bonnes augures, ceux-ci étant à nouveau inquiété par la situation grecque, qui affaiblit à nouveau la situation de l'euro. 

Si jamais fin de l'euro en Grèce il y a, il est plus probable que cela se fasse de manière désordonnée. En effet, l'Union Européenne ne semble pas disposée à prendre une telle décision au vu de son entêtement déflationniste. Une telle décision viendra forcement d'un blocage ultime, d'une rupture, et de manière inattendue. Cela n'augure rien de bon, alors que tant de sorties d'une union monétaire ont pu s'organiser pour limiter les dégâts (Argentine, pays de l'ex-URSS, Tchéquoslovaquie par exemple). 


Sources : 






Vincent Decombe

lundi 30 avril 2012

La crise de la zone euro de retour sur le devant de la scène




Depuis déjà deux ans environ, l’euro subit des difficultés à la fois chroniques et variables selon les périodes. Aux périodes d’affolement des marchés succèdent les périodes d’accalmie que BCE ou divers mécanismes de secours permettent.
Toutefois, ces derniers temps, malgré les présidentielles qui font souvent les unes médiatiques, les marchés financiers ont subi une nouvelle panique après le premier tour, notamment sur la situation espagnole et italienne. Ces pays et leurs difficultés touchent directement l’euro, qui n’est donc pas à l’abri d’une rechute malgré le récent Mécanisme Européen de Stabilité dont nous avons parlé en février dernier.
De même, il faut évoquer le récent appel d’économistes franco-allemands à une « sortie paisible » de l’euro, qui nous amène donc dans cet article à nous plonger dans les causes structurelles des difficultés de l’euro actuel, à peine 10 ans après sa mise en service.



I : Pourquoi l’euro actuel ne marche pas ? Un euro critiqué par des économistes de différentes écoles 


A. Par des économistes hétérodoxes, keynésiens, interventionnistes :


1) Jacques Sapir


Jacques Sapir, tout d’abord, critique l’euro dans sa conception même. Economiste plutôt « à gauche », il voit l’euro comme un facteur de dette pour les Etats en Eurozone, puisque cette monnaie les force à emprunter sur les marchés financiers. Il critique aussi cette monnaie qui empêche de réduire les écarts de compétitivités entre les différentes économies membres par une dévaluation.
L’économiste ne s’arrête pas là : l’euro, par sa gestion et sa cherté, étouffe la croissance de la plupart des pays et aggravent le chômage et donc le déséquilibre des systèmes sociaux. La croissance des pays de la zone euro est évocatrice : sur la période 2001-2011, elle n’est que de 1,1 pour cent, en dessous de la moyenne de l’OCDE (1,8 pour cent).
Il faut aussi souligner selon Jacques Sapir le fait que l’euro n’a pas rempli ses missions de confiance (qui s’est délitée à la première crise importante), de correction des inégalités entre les économies (inégalités qui se sont creusées selon lui) et de lutte contre la spéculation qui ne s’est que déplacée des taux de change aux taux d’intérêts.

En réalité, l’euro n’aurait profité qu’à l’Allemagne, qui a renforcé sa politique exportatrice : menant une politique de déflation salariale (contrairement aux autres pays européens), l’Allemagne a pu compenser ses pertes sur le marché mondial grâce à ses voisins européens en faisant en 10 ans plus de 1 000 milliards d’euros d’excédent commercial sur eux. Ces pays ont vu leur balance commerciale se déséquilibrer, leur croissance baisser et donc leur dette augmenter. La dévaluation, qui auraient pu compenser leur perte de compétitivité face à l’Allemagne, leur est bien sûr interdite par l’euro.  

2) Joseph Stiglitz et Paul Krugmann :


Chez les keynésiens, deux prix Nobel d’économie ont des positions alternatives sur l’euro : Joseph Stiglitz conseille pour sa part à l’Allemagne de sortir de l’Euro et conseille aussi la mise en place d’eurobonds, tandis que Paul Krugmann considère que l’idée d’euro était défectueuse dès le départ en considérant l’économie de manière morale et en appliquant uniquement une austérité pour désendetter les Etats pénalisés et surendettés par l’euro. 

3) Alain Cotta :


Enfin, Alain Cotta, plutôt hétérodoxe, pense qu’il faut « sortir de l’euro ou mourir à petit feu » comme il le dit dans cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xhazij_alain-cotta-sortir-de-l-euro-ou-mourir-a-petit-feu_news

B. Par des économistes libéraux :


Milton Friedmann, prix nobel d’économie et maître à penser du néolibéralisme avait prédit les défauts de l’euro, qui selon lui, allaient aggraver les divisions entre les pays européens et pourraient propager à l’ensemble de la zone les problèmes d’un seul pays… Ces dires nous évoquent bien sûr la situation actuelle de l’euro, fragilisé par la situation de la Grèce entre autres.

Attardons nous plus sur des économistes libéraux français et plus actuels, qui critiquent eux aussi l’euro.

1) Jean-Jacques Rosa :


Il y a tout d’abord Jean-Jacques Rosa, qui analyse les défauts de l’euro d'une manière similaire à Jacques Sapir : manque de souplesse en politique monétaire, taux de change inadapté à toutes les économies constitutives de l’euro, absence de transferts fiscaux. Il donne pour sa part raison aux eurosceptiques et critique la logique des blocs transnationaux qui ne peut tenir selon lui dans un contexte de mondialisation, qui nécessite de la souplesse et de la réactivité. Sa solution est simple : il faut d’abord pour lui dévaluer l’euro pour relancer les exportations en gagnant en compétitivité, puis ensuite revenir au franc. Cela permettrait de bénéficier des effets d’une dévaluation sans en faire les frais par une majoration de la dette extérieure. Il estime la solution de sortie de l’euro faisable dans la mesure où déjà beaucoup de pays sont sortis d’une monnaie unique (les pays d’Ex-URSS par exemple) et dans la mesure où la majorité de la monnaie est actuellement scripturale. Mais il faut envisager selon cette sortie de manière rapide, avant les autres pays du sud pour minimiser la dévaluation à opérer et donc la hausse de la dette extérieure.


2) Charles Gave :


Economiste libéral aussi, Charles Gave oriente son analyse de l’euro sur des sujets plus ciblés. Il pense que l’euro a été un échec financier, économique et politique.
Financier, parce que la stabilité des taux d’intérêts pour des pays dont l’économie était différente a fait croire aux investisseurs que les obligations grecques valaient des obligations allemandes, ce qui est évidemment faux et on le voit bien actuellement.
Economique, parce que l’euro a oublié les écarts économiques entre les pays de l’eurozone et a même accentué ces écarts de productivité, et qu’aucun mécanisme n’a compensé cet écart. Il en résulte selon lui l’endettement des pays par ce fait, et également par des taux d’intérêts artificiellement bas pour certains pays. Dans un graphique, Charles Gave nous montre d’ailleurs parfaitement que l’euro a accentué les différences de production industrielle entre l’Allemagne et l’Italie.
Enfin, échec politique, car le but de l’euro était au début avant tout de limiter le poids de l’Allemagne en Europe et non de renforcer sa domination comme c’est le cas actuellement. Ainsi, Charles Gave désigne l’euro comme une « Nouvelle Ligne Maginot ».

-Charles Gave expose sa vision de l'euro sur BFM Business en décembre 2011-

3) Philippe Herlin :


Enfin, Philippe Herlin, chercheur en finances, critique aussi l’euro en tant que monnaie unique. Il pense que toute tentative de sauver l’euro annihilera le sauvetage de l’économie européenne qui est selon lui ce qu’il faut sauver avant tout. Pour ce faire, il propose comme d’autres, la transformation de l’euro en monnaie commune. Les pays comme la Grèce, l’Italie, le Portugal, retrouveraient leur monnaie nationale et une certaine marge de manœuvre selon lui, et restructureraient leur dette, toujours libellée en euros. Ils garderaient l’euro en monnaie d’échanges avec les autres pays européens.


II : Quelles solutions à prévoir pour l’avenir ?


A. Un changement de monnaie ?


Il s’agit là de la solution la plus concrète au niveau économique. Le but est de redonner aux Etats une monnaie qui correspond à leur économie et qu’ils peuvent gérer eux-mêmes de façon à répondre à leurs besoins économiques et commerciaux.
Si certains critiquent avec véhémence cette solution, elle n’est pourtant pas irrecevable. En effet, elle ne signifierait pas un effondrement total du système (contrairement à une explosion incontrôlée de l’euro) et pourrait être un compromis entre Europe et Nations.
Le compromis serait de garder l’euro en monnaie commune (et non plus unique) et de permettre aux pays d’avoir une monnaie nationale pour mener une politique monétaire. Cela permettrait de garder les avantages de l’euro actuel (suppression des frais de change par exemple) sans en avoir les inconvénients (carcan, manque de souplesse monétaire).  
Une telle solution avait été envisagée par les libéraux au début des années 1990 et par le Royaume-Uni. Des exemples de monnaie commune existent également dans le passé, comme l’Union Latine.
Cette solution de monnaie commune est la plus évoquée chez les détracteurs de l’euro. Le retour pur et simple aux monnaies nationales, sans monnaie commune, n’est à ma connaissance évoquée par aucun économiste. Cette solution de monnaie commune fut reprise par plusieurs leaders politiques français : Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen.

D’autres économistes préconisent la mise en place d’un euro à plusieurs vitesses. Un euro-nord fort et un euro-sud faible. La France se situerait alors sans doute dans la zone euro-sud. Mais selon Philippe Herlin, cette solution est farfelue.

B. Plus d’Europe ?


Comme le dit Jacques Sapir, l’euro ne peut fonctionner dans une telle Europe, qui malgré son intégration déjà importante, n’est pas fédérale. Selon lui, la monnaie unique ne peut fonctionner que si les transferts financiers existent entre les Etats. Cela impliquerait donc une convergence économique encore plus forte entre les pays de l’Eurozone, ce que souhaitent la plupart des dirigeants des institutions européennes. Mais faire converger, voir uniformiser les économies de 17 Etats aussi différentes que l’Allemagne, la Slovénie ou le Portugal n’est-il pas quelque part une chimère ? Ces projets se heurtent aussi probablement au manque (voir à l’absence) de sentiment national européen.
De toute évidence, le projet politique que fut l’euro s’est heurté à un fait : la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, concept développé par l’économiste Robert Mundell. En effet, l’euro cette zone ne bénéficie pas de transfert de capitaux automatiques entre les Etats, ni d’une mobilité des travailleurs, ni d’une corrélation entre les cycles économiques des différents pays.
En quand bien même la question des eurobonds ou des transferts fiscaux serait évoquée, ces solutions seraient sans doute refusées par l'Allemagne. Les eurobonds ne permettraient pas de sortir de la spirale de la dette selon Philippe Herlin et n'entraîneraient qu'une mise en commun des dettes, tandis que les transferts financiers nécessiteraient des pays les plus riches qu'ils donnent des milliards d'euros aux pays les plus pauvres. Or les plans d'aides à la Grèce qui ont déjà occasionné de telles opérations n'ont pas vraiment réchauffé les relations entre les peuples allemands et grecs, c'est le moins qu'on puisse dire...

C. Que faire en cas de crise ?


1) Scénario catastrophe ?


Si l’euro a tenu déjà un certain temps, ce n’est pas uniquement parce qu’il est coriace face aux marchés, mais plus parce que les institutions européennes ont pour le moment tout mis en œuvre pour le sauver (à défaut de sauver réellement la Grèce). Les prêts consentis à la Grèce, les différents mécanismes de stabilité à l’échelle européenne ont permis de gagner du temps, sans pour autant changer quoi que ce soit aux défauts de l’euro. Il s’agit d’un risque énorme puisque l’euro actuel, sans aucun changement, ne pourra pas tenir et le fait qu’il soit maintenant le symbole de la construction européenne pourrait bien faire basculer l’Union Européenne lorsque celui-ci craquera…
Au début de la crise des subprimes, ou même au début de la crise de la dette grecque, il paraissait incroyable de parler de fin de l’euro ou de sortie de l’euro. Les premiers à en avoir parler ont été plus ou moins marginalisés et peu écoutés, alors même qu’ils ont eu raison sur le défaut grec (qui a eu lieu de fait après les accords de Bruxelles en octobre 2011).
Aujourd’hui, la chanson est toute autre. Le scénario de sortie ou de fin de l’euro semble aujourd’hui malheureusement de plus en plus probable, comme en témoigne ce rapport de Natixis, qui prend en compte ce scénario (au moins pour le Portugal, la Grèce et l’Espagne) : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=63603.

2) Conseils de Philippe Herlin : 


Si un tel scénario se déroule, Philippe Herlin a sur Atlantico écrit un article pour donner des conseils de protection de capital, menacé par une éventuelle faillite bancaire comme l’a connu l’Argentine il y a quelques années. Pour protéger son capital, l’économiste préconise donc le placement  dans des valeurs sûres : immobiliers et or principalement, qui gardent une valeur intrinsèque. Concernant les billets, Philippe Herlin pense qu’ils auront plus ou moins de valeur en fonction de la banque centrale qui les gère. Il dit par exemple qu’un billet de 10 euros géré par la Buba (Bundesbank) vaudra plus qu’un billet de 10 euros géré par la Banque Centrale Grecque. Reconnaître ces billets est simple : il suffit de regarder la lettre précédant le numéro de série sur le billet. Si la lettre est U : il est français. Si c’est un X, c’est un billet français. Si c’est un Y, il est grec.  

3) L’appel d’économistes franco-allemands :


Ce groupe est composé de Bruno Bandulet, Rolf Hasse, Wilhelm Nölling, Karl Albrecht Schachtschneider, Wolf Schäfer, Dieter Spethmann, Joachim Starbatty, Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, Roland Hureaux, Gérard Lafay, Philippe Murer, Michel Robatel et Jean-Jacques Rosa. Il s’est réuni à Lyon en 2011, puis à Düsseldorf le 27 avril dernier pour appeler les dirigeants européens à prendre acte de l’échec de la monnaie unique et à mener une politique d’urgence. Ils prônent le retour de monnaies nationales que les Etats pourront gérer eux-mêmes, tout en passant des accords bilatéraux ou multilatéraux pour créer une monnaie commune. Ils appellent les décideurs à créer un système monétaire européen avec une unité de compte européenne calculée sur la moyenne pondérée des unités monétaires nationales. Veiller à ce que les taux de changes aient une limite de fluctuation serait le rôle d’un institut monétaire européen. Les dettes publiques seraient converties en monnaies nationales et les dettes privées en unité de compte européenne. Rien n’est, selon les économistes, irréalisable, d’autant que l’histoire montre plusieurs cas de rupture de monnaies uniques.


Conclusion :


L’Euro en tant que monnaie unique a donc des défauts de conception que même les plus ardents défenseurs de la construction européenne (comme Jacques Attali) reconnaissent. Sa stabilité est plus que jamais remise en cause, et il convient de tirer les leçons de cet échec pour sortir du dogmatisme et revenir au pragmatisme et au consensus, sans lesquels la construction européenne ne pourra plus être cohérente.
L’appel franco-allemand est symbolique : du couple franco-allemand dépend une grande partir de « l’aventure européenne ». Espérons que les hommes politiques en tiennent compte, avant qu’il ne soit trop tard... Car si une réforme de l’euro serait déjà douloureuse même de manière organisée, elle le sera bien plus si cela se fait dans le chaos et l’imprévu.
Cet appel confirme ce que d’autres économistes ont déjà perçu avant, et même dès le début de la monnaie unique, qui était si prometteuse aux dires de certains…



Sources :
















mardi 24 avril 2012

Hommage à Jacques Cheminade

-Jacques Cheminade a obtenu 0,25% des suffrages exprimés au 1er tour des élections présidentielles de 2012-


L'objet de cet article est de "rééquilibrer" (un peu tard et de façon peu significative certes) le traitement médiatique dont Jacques Cheminade, candidat lors des élections présidentielles de 2012, a fait l'objet.
Avant de vous présenter et de décortiquer l'entretien télévisé le plus malhonnête qu'il m'ait jamais été donné de regarder, permettez moi de me disculper par avance de tout parti-pris idéologique : je n'ai pas voté Jacques Cheminade le 22 Avril dernier, bien que celui-ci occupe une place de choix dans mon estime de ce que j'ai pu en entendre en tout cas (c'est-à-dire assez peu de choses cependant).
J'écris donc en toute indépendance, et vous livre mon opinion la plus franche et la plus libre possible sur la question.

La vidéo de la semaine que je vous propose donc de visionner est une émission politique d'un peu moins d'une demi-heure (Questions d'infos) consacrée à la candidature de Jacques Cheminade présentée par Frédéric Haziza (pour LCP-Public Sénat), accompagné de trois autres journalistes (pour France Info, AFP et Le Monde).

Il m'a semblé nécessaire, tant l'entretien fut injuste à l'encontre du candidat de "Solidarité et Progrès", d'aller dans le fond de l'interview pour en dénoncer les multiples attaques répétées et souvent injustifiées portées par l'inquisition médiatique dans son entier, et dont l'agressivité et la partialité est ici représentée dans toute sa splendeur.
Malgré le résumé que j'en fait, je ne saurais que trop vous conseiller de regarder la vidéo dans son entier pour vous rendre compte par vous même de ce qui s'est passé.

Sur les chapeaux de roues


D'entrée de jeu, l'interview s'oriente vers les "casseroles" de Jacques Cheminade (sectarisme supposé de son mouvement et de ses fréquentations)  avant même d'adresser la moindre question au personnage politique, sans pour autant le présenter de manière objective (ancien-élève de l'ENA, déjà candidat en 1995, fonctionnaire dans les relations économiques extérieures, écrivain). Le ton est donné.

Procès d'intention

Tous s'en donnent à coeur joie : une journaliste l'accuse même de soutenir une théorie selon laquelle Delors préparait un attentat contre Mitterrand. L'invité se défend, nie totalement en bloc, mais la scribouillarde reste fidèle : "J'ai lu les papiers, il n'y a pas eu de démenti, donc c'est vrai". Comment peut-on, sans faire la moindre concession à l'honnêteté intellectuelle qui sied à tout débat, porter des accusations aussi graves sans l'ombre d'une citation ni d'une preuve valable et considérer le fait comme établi du moment qu'il n'a pas été contesté ? Nous sommes véritablement en plein procès Stalinien.

Plus loin, l'entretien dérive inexorablement vers des propos attribués à Larouche sur des "banquiers juifs". Sur ce point je reproche à Cheminade de ne pas avoir très simplement renvoyé les journalistes dans leurs paperasses (son soucis de vouloir dire les choses, défaut impardonnable lorsqu'on est confronté à des journalistes pendant une campagne) : il aurait pu se contenter de dire que ces propos n'engagent que Larouche lui-même et qu'il n'a pas à en répondre, ce qui est le cas.
Mais il préfère s'enfermer dans des détails, qui pourraient s'avérer intéressants, mais dont les chroniqueurs se fichent éperdument à son plus grand damn. Ils insistent clairement sur la question, de la judaïté de ces gens visés par Larouche et non par Cheminade, et multiplient les sous-entendus douteux à l'encontre d'un supposé antisémitisme du candidat. Lorsque celui-ci s'en défend explicitement, ces premiers jouent les vierges effarouchées, en toute mauvaise foi : "c'est vous qui l'avez prononcer, nous n'avons pas dit ça". Non, à peine...

Le financement de sa campagne de 1995

Les comptes de campagne de Monsieur Cheminade ont effectivement été invalidés en 1995 suite aux présidentielles, le privant de certaines sommes d'argent substantielles pour financer une partie de sa campagne, et le mettant alors dans une situation financière très délicate (il doit encore de l'argent à l'Etat à ce titre). 
C'est une des autres questions récurrentes posées au représentant de Solidarité et Progrès, qui là encore a pour effet notoire de ne pas s'intéresser aux idées défendues par le candidat. Les médias seront ensuite les premiers à dénoncer (à juste titre) une campagne sans intérêt, mais force est de constater par cet exemple frappant qu'ils contribuent volontiers à ce phénomène.
Sur le rejet même des comptes de campagne, il ne semble pas particulièrement contesté par les journalistes que celui-ci est litigieux, puisqu'effectivement il l'est  (plus de précisions ici).
Mais ils continuent allègrement à se placer du côté des puissants face au faible : ainsi selon Monsieur Haziza et une de ses collègues, puisqu'une mesure de retrait des avances de campagne de 153 000€ peut être prononcée, alors elle n'est par conséquent pas injuste (relativisons tout de même, ce n'est pas grave c'est un petit candidat de rien du tout). Sauf qu'en plus de l'injustice, une telle mesure semble tout à fait impossible d'après moi, puisque Jacques Cheminade doit personnellement ces 170 000€ à l'Etat, tandis que les 153 000€ en cause ne lui sont pas versés à lui mais à l'association Solidarité et Progrès, qui n'a en aucun cas à répondre des dettes de son président à titre personnel. 

L'inquisition se poursuit par l'usage des dépenses que fait Monsieur Cheminade, alors que là encore aucun fait n'est avancé par l'équipe de presse pour justifier ne serait-ce qu'un début de soupçon permettant de mettre en doute la sincérité et l'honnêteté du candidat. En faisant cette mini-enquête bidon d'ailleurs les journalistes montrent à quel point ils ne savent pas ce que coûte réellement une campagne et les réponses sur les dépenses nécessaires à avoir faites par Cheminade les laisse d'ailleurs sans voix. 

Fréquentations


Et ça continue ! Les journalistes évoquent Monsieur Larouche, une personnalité proche de Cheminade, qui semble assez peu fréquentable, et qui défend des idées pour le moins particulières, ce qui n'est pas en tout point de vue faux. Là encore, on y passe le temps qu'il faut ("Il y a mon programme tout de même !" ;  "Oui mais il y a Larouche aussi !") en estimant qu'il met en avant ce personnage (alors que non, ce sont les médias qui se concentrent là dessus). Mais les médias iraient-ils faire un tour dans les fréquentations douteuses des autres candidats, j'en doute fort.
D'ailleurs lorsque Cheminade fait des citations pour étayer ses propos, de façon totalement contradictoire et à géométrie variable, Haziza à tôt fait de lui rappeler qu'il faut parler de lui et non des autres (alors que lui-même peut parler de qui il veut, dont Larouche, dès l'instant qu'il gêne le candidat).
Comble de l'iniquité, lorsque le candidat parle de la politique d'Obama, la journaliste l'accuse indirectement d'être hors-sujet (logique, le sujet c'est la présidentielle) alors que ce sont justement EUX qui l'ont amené sur ce terrain là en dépit de l'évènement qu'ils sont chargés de traiter (les élections).
Concernant le parallèle fait par Lyndon Larouche entre Obama et Hitler, bien que relativement choquant et tenant du point Godwin, il explicite assez bien certains parallèles relatifs à la politique actuelle d'Obama et celle d'Hitler (sans tenir compte, évidemment, de la Shoah) en terme d'expansion guerrière, de non-respect des libertés (adoption du NDAA) et de politique de santé. Bien qu'il soit nécessaire de tenir compte du caractère provocateur de cette comparaison (formulée par Larouche et non Cheminade, mais que ce-dernier n'estime pas entièrement fausse), il faut surtout en retenir la dénonciation des dérives que connaissent l'Amérique d'Obama (qui, je le rappelle, a obtenu il n'y a pas si longtemps le prix nobel de la Paix) qui semblent réelles et qu'il est normal de dénoncer. 

Sectarisme ?


Nous passons ensuite à des accusations de dérives sectaires, et la question est donc, "mais Solidarité et Progrès est-elle une secte ?". Pour cette fois, reconnaissons à la journaliste son travail de recherche, bien maigre mais existant. En effet, la MIVILUDES (dont la lutte contre les sectes fait l'objet de critiques d'Olivier Bobineau) a évoqué dans un rapport de 2005 les pratiques de S&P qui consistait dans la distribution de tracts à des étudiants (comme si aucun autre parti politique ne le faisait), ce que Jacques Cheminade a bien sûr reconnu. Cependant les faits s'arrêtent là : aucune autre mention n'est évoquée que celle du rapport de 2005 (qui est très courte), et aucune procédure n'a ensuite été intentée.
Selon la journaliste, le sujet n'est pas clôt puisque la MIVILUDES ne l'a pas écrit. Premièrement, ceci est en partie faux, puisque le président actuel de la MIVILUDES a estimé que le dossier "n'était pas vivant, les critères de dérives sectaires n'étant pas caractérisées" (en effet distribuer des tracts n'a rien de sectaire, sinon tous les partis politiques le seraient). Mais en plus, et là je pense que l'on se situe clairement dans le bêtise la plus totale, la chroniqueuse pense que du moment que cela n'est "pas écrit", le dossier n'est pas clôt, sauf que puisqu'aucune procédure n'ayant été intentée, le "dossier" n'existe même pas.
Donc là encore la supposition de sectarisme manque clairement en faits. 

Mépris à peine voilé


Monsieur Haziza, bien que dans un certain réalisme politique, dénigre (peut-être involontairement pour cette fois-ci) le plus petit des candidats : "de toute évidence, vous ne serez pas amené à le mettre en oeuvre". La réponse de Monsieur Cheminade est très bonne : "je peux essayer de l'inspirer". En effet, le but de cette émission n'est pas (à l'origine du moins) de discuter des chances de chaque candidat, mais de les écouter sur ce qu'ils ont à dire sur la politique. Cette attitude symbolise bien le nouveau rôle des médias, qui de plus en plus deviennent des meneurs d'opinion (sondages, gros titres) et de moins en moins des informateurs qui se plongent au fond même des idées de chacun, alors que c'est encore le privilège de la campagne présidentielle en France : celle d'être une campagne où toutes les convictions peuvent s'exprimer, et où les candidats de témoignage sont aussi les bienvenus.

Mais très vite le présentateur devient insultant : parce que le candidat invité est peu connu, l'obtention par lui des parrainages a peut-être nécessité la corruption. D'où la question qu'il pose, sans aucun commencement de preuve de la supposition ignoble qu'il s'apprête à faire : n'en aurait-il par acheté ? Question indigne d'un journaliste, insultante, aux bords de la calomnie, à la fois à l'encontre du candidat et des Maires signataires. Mais si cela peut faire passer le temps sans s'attarder sur le programme, c'est bon à prendre. Comment pourtant, avec les problèmes financiers qu'il connaît et le peu de financements de campagne dont il dispose, Jacques Cheminade pourrait-il acheter ces parrainages ? Pire encore, la question semble tout à fait légitime et pas du tout insultante selon le journaliste de la Chaîne Parlementaire. Aucun scrupule.

Autre injustice : les "médias" (quelle référence) ne verraient jamais Cheminade que pendant les campagnes présidentielles, alors qu'il a mené vie politique plutôt active qu'il expose lui-même (mettant les journalistes devant leurs mensonges mais surtout leur totale ignorance), mais que simplement les médias effectivement ne se rendent jamais là où se trouvent les petits candidats, les petits partis, puisqu'aucune audience ne s'y trouve. Que de mauvaise foi.

Et on retrouve un mépris ensuite carrément affiché par le présentateur, qui affirme et assume clairement pendant l'émission "ne pas être très courtois" envers son invité. Honteux. Du journalisme faible avec les puissants, mais fort avec les petits.


Et le programme ?


Autre attestation de cette attitude, une phrase surréaliste de Haziza : "Nous parlerons, éventuellement, de votre projet". C'est pas comme si c'était le but premier et essentiel d'une campagne électorale, mais enfin cela montre bien le mauvais travail de ces journalistes peu honnêtes et peu soucieux de l'information.
Monsieur Cheminade a hélas très peu pu parler de son programme dans cette émission.
On aborde, ENFIN (au bout de 22 minutes et 29 secondes), un point du programme de Jacques Cheminade.
Il s'agit de la "conquête" de Mars, qui n'est pas un point essentiel du programme de Cheminade : pour une élection présidentielle, des journalistes soucieux de rester dans le sujet auraient proposé d'aborder des sujets comme l'économie financière, le nucléaire, mais rien n'est trop beau pour embêter le plus petit des candidats.
La proposition est ici qualifiée de farfelue : la journaliste exposant là encore son grand mépris, ne connaît probablement pas le sérieux projet Biosphère II.
Il a tout de même pu évoquer quelques propositions au long de l'entretien sur l'économie mondiale et financière contre laquelle il compte lutter (en faisant un point essentiel de son programme) et a également évoqué les problèmes de financement  que rencontrent les collectivités locales et plus spécifiquement les communes d'une manière à mon avis plus développée que n'importe quel autre candidat (ce qui n'est pas compliqué puisque personne d'autre n'en a parlé) évoquant même à juste titre le gel des dotations aux collectivités territoriales et la Loi du 16 Décembre 2010. L'équipe qui assure sa "promotion" n'y trouve rien à redire et n'engage aucun débat de fond sur ces questions puisqu'elle ne semble pas connaître ce sujet.
On peut néanmoins estimer sans exagérer que les 3/4 de l'entretien sont consacrés pour Cheminade à sa propre défense (à 1 contre 4, c'est très difficile, je ne sais pas si les journalistes connaissent le principe du contradictoire ou le procès équitable) et non à l'exposition de son programme, pourtant le plus imposant de tous les candidats (preuve que les idées sont là).


Pour conclure



Mais ce qui me dépasse plus que tout encore, c'est l'absence totale de respect dans cet entretien. Outre les questions inquisitrices (répétitions incessantes des mêmes formules pour justifier des questions iniques et des accusations sans fondement : "vous condamnez ?""il a dit ça", "répondez par oui ou non c'est pas compliqué" [...]) sans rapport avec le programme, il y a sur ce plateau un ton tantôt incisif, tantôt méprisant à l'encontre de Cheminade. Pour QUI se prennent ces gens, pour s'adresser avec si peu de considération, de respect et d'objectivité à un homme comme Cheminade, doyen de cette campagne présidentielle, qui pourrait en effet à l'âge de 70 ans être bien tranquille en retraite plutôt que d'essayer de représenter ses convictions profondes avec peu de moyens mais comme il le peut et de courir des risques financiers d'une telle ampleur ? QUI, dans sa vie, entre ces journalistes et ce personnage public, ont fait leur preuves ? Est-ce un homme a priori cultivé et intelligent qui a comme il l'a pu mené une vie politique ponctuée par deux campagnes présidentielles, une campagne législative et une campagne parlementaire européenne, ou sont-ce 4 journalistes télégraphistes de l'empire vissés à leur bureau dont le peu de légitimité ne leur permet certainement pas d'avoir un tel comportement d'inquisiteur ?
COMMENT la bande des 4 peut-elle traîner à ce point dans la boue un homme qui a connu tant de difficultés simplement pour défendre ce qu'il considérait comme juste ?

Il dit à la fin "je ne vous dirai pas franchement merci", et il a franchement raison.

Il me semblait nécessaire donc d'évoquer ce fait de campagne qui illustre bien le pouvoir dont les médias mainstream peuvent abuser de façon inéquitable et injuste : l'égalité des paroles n'est que quantitative (en temps) mais certainement pas qualitative (en traitement médiatique).

J'en fini de cet article pour adresser mon respect pour cet homme, qui a certainement, comme chacun, ses défauts et qualités, et comme tout homme politique des idées respectables et d'autres plus contestables d'après moi, mais qui aurait pu susciter bien plus pendant cette campagne, qui a une vraie vision à long terme, une culture et une ouverture d'esprit, qualités précieuses dans le monde que nous vivons, politique mais pas seulement.


Rémi Decombe.