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lundi 30 janvier 2012

L'Iran : entre embargo pétrolier et fermeture du détroit d'Ormuz

Les sanctions décidées par l’administration Obama fin décembre, puis celles de l’Union Européenne début janvier sur le pétrole et les avoirs des banques de l’Iran font monter la tension dans cette région du nord du Golfe persique. Il a même été question à un moment que Téhéran ferme le Détroit d’Ormuz, zone hautement stratégique pour les échanges pétroliers du monde. Qu’est-ce qui a amené à cette situation de forte tension entre la République islamique d’Iran et l’Occident ? Quelles pourraient être les conséquences et les réactions d’une fermeture du Détroit d’Ormuz ?

Tout d’abord, faisons un bref retour en arrière pour comprendre ce qui se passe dans cette région hautement stratégique.

En 1968, l’Iran alors dirigé par le Shah Mohammad Reza Pahlavi signa le traité de non- prolifération nucléaire. Le régime apparaissait suffisamment stable et amical envers l'occident pour que la prolifération nucléaire ne devienne une menace. Le traité engage le pays à ne pas fabriquer d'armes nucléaires et à ne pas essayer de s'en procurer. Mais tout change en 1979. En effet, l'Ayatollah Khomeini porté au pouvoir par la Révolution islamique de janvier-février 1979. Ce dernier décide de reprendre le programme nucléaire à des buts civils (produire de l’électricité) ce qui est accepté par la communauté internationale puisque le traité ne l’interdit pas. L’Iran va alors construire des réacteurs nucléaires comme celui de Bushehr qui fut d’ailleurs bombardé dans les années 80 par l’aviation israélienne qui refuse que l’Iran développe un programme nucléaire même civile. En effet, l’Etat juif craint le développement en secret d’un programme militaire. Ces craintes sont fondées car en 1996, la Chine vend à l’Iran une usine d’enrichissement d’uranium ce qui peut permettre à Téhéran d’enrichir de la matière fissible et ainsi de développer une bombe nucléaire. Le 14 août 2002, Alireza Jafarzadeh, un dissident iranien, révèle l'existence de deux sites nucléaires inconnus, une installation d'enrichissement de l'uranium à Natanz (dont une partie est souterraine) et une installation à l'eau lourde à Arak. Le monde découvre le projet atomique de l’Iran.

Aujourd’hui, l’ambition de la République islamique de développer la bombe nucléaire est connue. Son intention est de se protéger contre 1 agression extérieure (des Etats-Unis ou de Israël) et surtout faire du pays une grande puissance. Téhéran se sert de ce programme pour faire du chantage envers l’Occident. Les menaces nombreuses et les sanctions n’y changent rien. Elles nuisent à la population civile qui crie aujourd’hui son exaspération envers le pouvoir du président actuel M. Ahmadinedjad notamment par la contestation des élections présidentielles en 2009.

Le moment où l’Iran pourra disposer de la bombe n’est plus très loin et c’est pour éviter cela que des sanctions très fortes ont été prises par les Américains et les Européens portant sur l’embargo du pétrole et les avoirs des banques de la République islamique. Ces mesures ont fait encore monter la tension d’un cran au Moyen-Orient, puisque l’Iran menace de fermer le Détroit d’Ormuz. Comme le montre la carte ci-dessous, le détroit n’est pas large et donc facilement blocable avec une marine et des moyens aériens. Mais ce dernier voit transiter 40% du trafic mondial de pétrole et 70% de celui de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Sa fermeture entraînerait de sérieux problèmes d’approvisionnement et ferait grimper le prix du baril entraînant de graves conséquences sur l’économie mondiale surtout dans un Occident touché par la crise. L'Iran est le deuxième producteur de brut de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) derrière l'Arabie saoudite et produit environ 3,5 millions de barils par jour, selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie. Les pays européens importent environ 600.000 barils sur les 2,6 millions qui sont exportés chaque jour. L'un des pays de l'UE les plus exposés est la Grèce, qui importe d'Iran près du quart de son pétrole, grâce à des conditions financières favorables avec Téhéran.



Il est toutefois peu probable que l’Iran ferme le détroit. En effet, les Américains envisageraient de riposter militairement à un verrouillage du détroit pouvant plonger la région dans la guerre. Les spécialistes considèrent que les menaces iraniennes sont avant tout destinées à montrer que le pays possède une capacité de dissuasion et à décourager ceux qui réclament de nouvelles sanctions. De plus, Téhéran risquerait de perdre le soutien d’un de ses derniers alliés et pas des moindres : la Chine, le pétrole iranien représente 10% de son approvisionnement. Pékin met son veto à toute sanction du Conseil de Sécurité de l’ONU appliquant son principe de non-ingérence mais elle ne soutiendra plus le pays si ce dernier venait à mettre ses menaces à exécution. Cette réaction viendrait à condamner l’Iran qui n’aurait plus de débouchés et sombrerait dans la crise car les hydrocarbures sont la principale richesse à l’export du pays et de rentrée de devises.

Une fermeture du Détroit d’Ormuz est donc peu probable mais une montée des tensions militaires dans la région n’est pas inenvisageable du fait de la tension internationale.


Sources :

- http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120123.REU7807/l-ue-sanctionne-le-petrole-iranien-teheran-menace.html

- Wikipédia

- P. BOULANGER, (2011)-Géostratégie de la conflictualité dans le Golfe arabo-persique, in Géographie des conflits, F. TETARD (dir.),p. 273-295.

-http://www.lefigaro.fr/international/2012/01/12/01003-20120112ARTFIG00628-iran-etats-unis-le-detroit-d-ormuz-sous-haute-tension.php



Florian THOMAS


mardi 17 janvier 2012

Bilan de cinq ans de sarkozysme à l’école




A l’heure où approchent les présidentielles, il est temps de nous pencher sur le bilan du Président de la République concernant l’Education Nationale. En effet, Nicolas Sarkozy a profondément modifié le système éducatif depuis son élection en mai 2007. Voyons en les bons et les mauvais côtés.

En juillet 2007, le chef de l’Etat récemment élu, annonçait l’orientation de la politique éducative de son quinquennat dans une lettre de mission pour Xavier Darcos reprise par Luc Châtel à partir de juin 2009.

Tout commence dès la rentrée 2007 par la mise en place des études dirigées pour les « élèves de l’enseignement prioritaire » puis « généralisées à partir de la rentrée 2008 ». Aujourd’hui en Primaire, un million d’enfants en difficulté bénéficient de deux heures de soutient, 800 000 jeunes au Collège. Au Lycée cela concerne les élèves de Seconde et de Première. Malheureusement les crédits n’ont pas suivi partout. D’autant plus que les établissements disposent désormais d’une plus grande autonomie financière et que 12 ,3% des Chefs d’Etablissement interrogés déclarent ne pas pouvoir assurer tous les cours car leur enveloppe d’heures d’enseignement est trop légère.

Les établissements défavorisés devaient voir leur aide augmenter mais c’est tout le contraire qui se passe : ils perdent 2,5% de leurs heures quand les favorisés en gagnent 0,4%. Ces taux peuvent être mis en parallèle avec la suppression de la carte scolaire. En effet, plusieurs rapports dont un de la Cours des comptes de 2009, explique que sur un total de 254 collèges « ambition réussite » (collège au recrutement populaire), 186 avaient vu leurs effectifs diminuer. Deux inspecteurs généraux ont fait le constat que dans les collèges les plus évités, les catégories favorisées ont disparu. Les parents d’origine aisée préférant retirer leurs enfants de ces établissements grâce à la suppression de la carte scolaire. La mixité sociale a donc reculé alors que la Président pensait que sa loi créerait le contraire.

Au sujet de la semaine des quatre jours instaurée à la rentrée 2008, elle est aujourd’hui remise en cause et un retour à 4,5 jours se profile ainsi qu’un rallongement de l’année scolaire avec la suppression de quinze jours des vacances de Juillet-Août. Quant au projet de copier le modèle allemand en instaurant des mi-temps sportifs, c’est à dire, des cours jusqu’à 14 heures et ensuite, des activités culturelles et sportives, il a peu de chance de se généraliser (seuls 250 collèges le pratiquent à la rentrée 2011) à cause des difficultés d’emplois du temps et du refus des associations de prendre en charge les élèves par manque de moyens et de temps. Il est encore un peu tôt pour faire un véritable bilan de ce système mais il ne sera appliqué que très certainement aux seules sections sportives (cours aménagés pour les entraînements sportifs) qui avaient déjà un emploi du temps adapté.

Mais le problème majeur du quinquennat est la réforme de la formation des professeurs avec la suppression de 60 000 postes d’enseignants depuis 2007 ainsi que de la mastérisation de leur formation. Les universités doivent désormais assurer la formation des professeurs. L’année de stage rémunérée a été supprimée ce qui amène les étudiants à financer une année supplémentaires. Les enseignants arrivent donc devant leurs classes justes après l’obtention du CAPES (Certificat d’ Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire) avec directement 18 heures ce qui implique un rythme infernal puisqu’il leur faut préparer les cours. De plus, le ministère espère recruter plus de vacataires en embauchant des étudiants qui n’ont pas été admissibles au concours mais qui ont toutefois reçus la même formation que les admis.

Les salaires ne suivent pas non plus, à part l’augmentation progressive de jeunes professeurs depuis deux-trois ans qui n’a fait que rattraper le retard accumulé depuis 2005. En effet, alors que la moyenne des salaires des professeurs de l’OCDE augmentait de 7%, celle des français diminuait de 5%.

Il n’y a pas que du négatif. Nicolas Sarkozy a décidé que l’enseignement des langues étrangères débute dès le cours préparatoire (CP) afin que les élèves sortant du lycée soient bilingues. En 2010, seuls 41% obtiennent un niveau B1 (« peut comprendre les points essentiels d’un langage clair et standard, s’il s’agit de choses familières. Peut produire un discours simple sur des sujets familiers ») à la sortie du lycée et encore il ne s’agit que des élèves ayant passé le TOEIC (Test of English for International Communication). C’est déjà pas mal mais loin d’être du bilinguisme.

La réforme du lycée est aussi intervenue pendant ces 5 ans. Elle a permis de retoucher les séries et matières du lycée, ainsi que leur répartition. De ce fait, les scientifiques ont perdu l’histoire-géographie en terminale. Ils auront ainsi le même programme que les L et ES en première et passeront le baccalauréat histoire en première. Ils pourront encore choisir l’histoire en option en terminale. Le but de ces réformes était aussi de revaloriser la filière littéraire et d’amoindrir l’hégémonie des séries scientifiques.

Toutes ces réformes n’ont cependant pas évité un constat frappant fait par l’OCDE : le niveau est en baisse en France et les inégalités augmentent.

Le bilan des cinq années de sarkozysme dans l’Education nationale n’est donc pas brillant. Espérons que les cinq prochaines années ne seront pas aussi mauvaises sinon l’Ecole ne s’en sortira pas.

Sources :

· Le Monde du 6 septembre 2011.

· Le Monde du 14 septembre 2011.



Florian Thomas

jeudi 12 janvier 2012

Mémoire d'un saccage : souvenons-nous pour mieux nous y préparer.

-Le drapeau Argentin-


Actuellement, et certains de nos précédents articles vous en informent, le monde traverse une crise économique, financière et monétaire d'une extrême gravité, génératrice d'une grande instabilité.

Je vous propose le visionnage d'un reportage très intéressant qui dépeint relativement bien les errements économiques qu'a pu connaître l'Argentine jusqu'en 2002 dans un documentaire intitulé : « Mémoire d'un saccage » (réalisé par Pino Solanas en 2003).

Comment Dette Publique, corruption, et politiques de rigueur ont enfoncé l'Argentine dans une situation si grave ? Comment l'Argentine s'en sort-elle actuellement ? Ces évènements peuvent-ils se répéter dans d'autres pays ?


Les vidéos en question


Mémoire d'un saccage : 1/8

Mémoire d'un saccage : 2/8

Mémoire d'un saccage : 3/8

Mémoire d'un saccage : 4/8

Mémoire d'un saccage : 5/8

Mémoire d'un saccage : 6/8

Mémoire d'un saccage : 7/8

Mémoire d'un saccage : 8/8


Résumé


La République Argentine est un pays d'Amérique du Sud ayant connu son indépendance vis-à-vis de l'Espagne en 1816, et dont la langue nationale est l'Espagnol, la monnaie nationale le Peso et la capitale Buenos-Aires.

Ce reportage nous explique que, tout comme actuellement, l'une des causes de la crise économique réside dans l'accroissement de la dette souveraine, contractée en Argentine dès 1824 auprès d'une banque commerciale britannique.

Le problème s'aggrave avec la dictature militaire de Jorge Videla de 1976 à 1983, qui creuse cette dette (à un montant total de 45 milliards de dollars) à des taux usuriers, et accepte même de reprendre à son compte la dette de grandes entreprises privées (à hauteur de 23 milliards de dollars, constituant ainsi plus de la moitié des dettes dues alors par l'État Argentin).

D'une manière tout à fait illégitime donc, le public prend en charge une dette privée : de cette façon, les dettes contractées par des banques filiales à l'encontre des particuliers argentins étaient prises en charge par l'État, alors que la jurisprudence des tribunaux argentins de l'époque estimait que ce rôle appartenait aux sociétés mères.

Il en est de même encore actuellement en France, puisque l'État est garant en dernier ressort, à hauteur de 100 000€ par compte-courant, des dettes contractées par les établissements bancaires à l'encontre de tout un chacun (puisqu'au fond, lorsque vous ouvrez un compte en banque, celle-ci vous doit l'argent qui y figure, bien que celui-ci soit virtuel : ce n'est qu'une promesse d'argent).

La suite de l'histoire de cette dette n'a été qu'un accroissement continu de celle-ci, puisqu'elle se fondait sur des taux d'intérêts trop élevés (qui ont grimpés sous la présidence Menem jusqu'à 50% l'an), une parité artificielle entre peso et dollar et un effet dit de « bicyclette financière » qui permet des placements très rentables mais aggravant la dette du pays.

La conjoncture s'aggrave, et dans les années 1980' la dette publique argentine s'élève à 130 milliard de dollars : la dette étant d'origine publique mais contractée auprès du secteur privé, elle se perpétue car la masse monétaire qui en résulte (censée financer l'économie et la croissance) est inférieure à celle nécessaire au remboursement du prêt (c'est-à-dire le capital ainsi que les taux d'intérêts).

Malgré la tentative de l'invocation de la théorie de la dette odieuse (qui consiste à estimer qu'une dette n'est publique que lorsqu'elle est contractée au nom du peuple et pour son bénéfice, et qui fut par exemple invoquée pour le Costa Rica en 1923), la proposition de dénonciation de la dette argentine n'est pas retenue par le Président Alfonsin en 1984, lesquel démissionne en 1989, Carlos Menem prenant sa suite, élu car très apprécié notamment pour sa personnalité de tribun.

Le nouveau Président lance alors une politique d'inspiration libérale : instauration de la parité 1 peso = 1 dollar (politique monétariste visant à contenir l'hyperinflation d'alors, mais alourdissant encore les déficits commerciaux car constituant un véritable handicap au plan de l'exportation en terme de compétitivité de l'industrie argentine et inversant les tendances en matière de politique commerciale du pays), politiques de privatisation très poussées, vagues de licenciements massifs dans le secteur public, le tout sous les recommandations de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International.

Problème étant, ces privatisations se feront sans aucune garantie : ni inventaire, ni bilan, d'où une aliénation du patrimoine public au secteur privé dans son intérêt propre à une valeur moindre que la valeur nominale (par exemple, alors que Petrobras estime la valeur de l'entreprise Gas del Estado à 25 milliards de dollars, celle-ci est cédée pour seulement 2,5 milliard de dollars).

Cette politique que le documentaire qualifie de néo-libérale n'est cependant pas purement libérale : elle fut surtout la garantie de la pérénisation d'un étatisme privé et privilégié luttant pour ses seuls intérêts et composé principalement de l'establishment politique (bien aidé par les médias, les fonctionnaires et certains juges) et des multi-nationales bénéficiant de richesses colossales à moindre coût, dérégulant la concurrence et créant de l'instabilité sur les marchés.

Les politiques procèdent ensuite à un « échange » : la dette fut échangée sur le marché contre du patrimoine public (un peu sur le modèle français de l'assignat sous la révolution) vendu à seulement 15% de sa valeur nominale et émis par des bons du trésor. Bon nombre d'entreprises ont fait l'objet de plans de restriction (licenciements) pour ensuite être transférés au secteur privé, voire même à des entreprises étrangères qui sont publiques dans leur pays de résidence (France Telecom). Il en fut donc ainsi pour l'eau, l'aviation civile, … .

Même le pétrole a fait l'objet de cette politique, alors qu'il s'agit d'une richesse essentielle pour une Nation.

Le comble se situe cependant ailleurs : toutes ces entreprises privatisées continuaient de bénéficier de subventions du gouvernement Argentin, financées par des emprunts auprès de la Banque Mondiale (à charge du remboursement de nouveaux intérêts évidemment).

La classe politique dans son ensemble a participé à ce désastre : l'union radicale (gauche) comme le parti justicialiste (droite), ne tenant pas les promesses électorales avancées et passant au besoin des alliances politiques entre partis d'opposition et de gouvernement, dissimulant ainsi mal un bipartisme parfois de façade, alimenté par des financements politiques électoraux douteux en l'échange de faveurs envers les milieux influents (groupes industriels puissants, fonctionnaires, juges, médias).

En 1998, la dette est estimée à 170 milliard de dollars, et le Président De la Rua démissionne en 2001 suite à l'insurrection populaire du 20 Décembre. En 2003, Nestor Kirchner est élu Président de la République. Sa propre femme sera ensuite élue en 2007 puis de nouveau en 2011.


L'après crise : entre croissance et difficultés persistantes


Selon diverses sources on peut effectivement estimer que la crise économique est en partie passé en Argentine (après, tout de même, un recul de 66% du PIB entre 1998 et 2002 en dollars US !).

Comme nous le montre ce reportage télévisé, la politique économique argentine a été revue dans l'optique non d'une austérité mais d'une relance économique par la consommation, seule à même de résoudre les problèmes d'une dette publique d'une telle ampleur.

Bien que le taux de croissance soit de 7,5% en 2010, et peut-être plus encore en 2011, il convient toutefois de relativiser cette situation, dépeinte de manière si (trop) favorable par ce reportage.

En effet, si le taux d'inflation officiel est de 7,7% en Argentine en 2009 (voir ici), bon nombre d'informations semblent indiquer qu'il est en réalité beaucoup plus important (comme c'est indiqué là ou encore dans cet article), ce qui signifierait dès lors que les prix augmenteraient plus rapidement que la valeur de l'économie argentine, d'où un réel problème sur la durée.

De plus un plan d'aide avait été demandé par l'Argentine en 2010 au FMI.

On peut aussi remarquer qu'un reportage d'arte (9 ans après la crise) établit d'énormes inégalités persistantes entre les diverses populations vivant en Argentine et une pauvreté encore extrême et bien présente.


Cela peut-il arriver en Europe ?


La crise des dettes souveraines a été largement évoquée ces derniers temps en Europe, et l'on peut se demander si effectivement le désastre économique qu'a connu l'Argentine peut se répercuter dans des pays plus développés.

On peut estimer que les pays Européens sont peut-être mieux armés contre des plans d'austérité aussi radicaux : certes il a été proposé que l'Europe impose une grande rigueur budgétaire (cela est plus ou moins le cas formellement et juridiquement il a été proposé que les budgets nationaux soient approuvés par la Commission Européenne), mais il est à noter, au moins en France, que les services publics restent très présents et que s'ils subissent pour certains une privatisation (et ce du fait de l'Europe) on peu tout du moins être certain que ces privatisations ne peuvent être aussi sauvages qu'elles l'ont été en Argentine, et qu'elles ne peuvent en tout état de cause permettre de « brader » les services publics à une valeur moindre que leur coût réel : ceci est garanti par le Conseil d'Etat.

D'aucuns ont également estimé que le FESF (Fonds Européens de Sécurité Financière, complété par le Mécanisme Européen de Stabilité et le FMI) permettrait le refinancement d'États européens soumis à des difficultés d'emprunts sur les marchés. Problème étant ce fonds ne règle pas le problème : il ne fait que le reporter, et on peut ajouter que ce fonds, n'étant finalement financé que par des pays de la zone €uro, tente d'établir une solidarité des pays les moins en difficulté envers les autres pays, précipitant les premiers dans la faillite des seconds. Ce fonds ne pèse d'ailleurs finalement qu'assez peu (1000 milliards d'€) aux côtés du total de toutes les dettes souveraines de la zone €uro (8000 milliards d'€).

En Argentine, la dette publique actuelle est de 160 milliards d'€ pour 2009 (soit 45% du PIB) et avait atteint. Ce taux de dette est beaucoup plus important dans bien des pays de la zone €uro (en Italie, en France, …). Ceci constitue une menace réelle pour les économies européennes, qui pourrait en effet voir les taux d'intérêts des emprunts augmenter, d'où un refinancement de plus en plus difficile de notre économie, conditionné par des plans de rigueur destinés à rassurer les marchés sur la capacité de remboursement (ce qui n'est cependant pas garant d'une croissance économique dans un tel contexte).

Autre « avantage » dont l'Argentine disposait il y a quelques années (et encore maintenant) : elle avait le contrôle de sa monnaie pour pouvoir jouer sur les mécanismes économiques (soit en premier lieu pour surévaluer, soit ensuite en dévaluant), ce qui n'est pas notre cas, la politique monétaire européenne n'étant pas décidée par les États en fonction de leurs besoins et de leur système économique propres, mais par la Banque Centrale Européenne. Là encore un tel manque de pouvoir pourrait-être préjudiciable pour prendre de réelle décisions.


Que dire au sujet de l'inflation ?

Celle-ci semble a priori assez faible en Europe (bien que toujours trop élevée du fait que les économies connaissent pour la plupart la récession) : 2,416% pour l'année 2011 dans la zone €uro (attention, ce n'est qu'une moyenne annuelle : la tendance des derniers mois se situe autour de 3%).

Cela dit nous ne sommes pas, nous non plus, tout à fait à l'abri d'une hyperinflation telle qu'à pu le connaître l'Argentine. En effet, lorsque certains États devront faire face à de nouvelles échéances, il est possible que la Banque Centrale Européenne intervienne pour racheter les dettes souveraines en « monétisant la dette » par rachat de titres d'obligations de dettes souveraines.

Cette politique pourrait avoir des conséquences néfastes en terme de stabilité des prix, puisqu'alors la masse monétaire en circulation serait considérablement augmentée, d'où une baisse de la valeur de la monnaie (et ce dans l'ensemble des pays usant de celle-ci) et donc une hausse des prix en conséquence, comme le démontre bien cet article.


Pour conclure


Les temps à venir en termes économiques s'annoncent extrêmement inquiétants : la crise des dettes souveraines provoquera très certainement des troubles majeurs à cause de l'actuel modèle de création monétaire (par le crédit, donc laissé au seul secteur privé depuis 1973 en France et depuis 1992 dans toute l'Europe) qui a aboutit à une création abondante de promesses ne se fondant pas sur leur équivalent en richesse réelle, d'où un rééquilibrage par appauvrissement généralisé.

Il n'est pas improbable que de nombreux États fassent défaut dans un avenir proche (que ce soit de façon partielle ou totale : c'est déjà arrivé de nombreuses fois en réalité) d'où un manque de capitaux et une récession majeure.


Pour aller plus loin


-Création monétaire : l'argent-dette ; money – le film.

-Revenir à la réflexion de Maurice Allais.

-Crise économique argentine.


Rémi Decombe.

mardi 10 janvier 2012

2012, année d'élections



-De gauche à droite : Dimitri Medvedev, Barack Obama et Nicolas Sarkozy-


Comme nous l’avons écrit dans notre article « Bonne année 2012 », l’année qui débute sera marquée par des élections importantes dans trois grands pays du monde : la Russie, la France et les Etats-Unis.

Ces élections se jouent dans un contexte particulier : l’année 2011 a été difficile économiquement pour la France ainsi que pour les Etats-Unis (dont les prévisions de croissances se sont avérés trop optimistes), et s’est terminée sur une note contestataire en Russie (nous y reviendront).

Les élections dans ces pays vont permettre d’abord de sonder l’opinion publique sur plusieurs points : la popularité des hommes politiques, le degré d’optimisme (ou de pessimisme), la volonté de changement (par le taux de participation). Bref, nous allons savoir comment trois grands peuples vont réagir face à des situations plus ou moins délicates. Elles vont permettre aussi la tenue d’un débat en vue de l’élection d’un nouveau président ou de la réélection du président sortant.

Il serait intéressant de se pencher plus en détail sur ces élections et de savoir si les présidents actuels (Dimitri Medvedev, Nicolas Sarkozy et Barak Obama) ont du souci à se faire…


Les élections en Russie : Mars 2012 :


Les élections présidentielles du 4 mars 2012 en Russie suivent de quelques mois les élections législatives, qui ont eu lieu le 4 décembre 2011. Elles ont donné lieu à une forte baisse du parti au pouvoir, Russie Unie (de centre droit, de droite et nationaliste), qui passe de 315 sièges à la Douma (chambre basse russe) à 238 sièges soit une perte de 77 sièges. L’opposition de gauche (communiste ou sociale-démocrate) voit une augmentation du nombre de ses sièges : le parti communiste en a 92 et Russie Juste en a 64. Enfin le parti liberal-démocrate de Russie (des nationaux-libéraux) a 56 sièges.

En plus de ce recul du pouvoir en place, incarné par Dimitri Medvedev et son premier ministre Vladimir Poutine, des contestations des résultats ont remis en cause la victoire de Russie Unie. Certains estiment que le score réel de Russie Unie ne serait que de 30,9 pour cent des suffrages, contre officiellement 49,32 pour cent. Des manifestations ont eu lieu et ont culminé à 100 000 manifestants le 24 décembre (selon l’opposition). De même, Mikhaïl Gorbatchev a demandé à ce que les élections soient annulés et réorganisées. Il faut encore relativiser ces manifestations dont l’ampleur aurait pu être plus importante au regard de l’enjeu. Aussi certains médias ont-il amplifié exagérément l’importance de ces manifestations en diffusant des images des émeutes en Grèce pour évoquer les manifestations en Russie (ce fut le cas de Fox News).

Pour expliquer cette « double défaite » de Russie Unie, certains pensent que les Russes ne supporteraient pas les tours de passe-passe de l’exécutif. En effet, en septembre, Dimitri Medvedev suggérait à Vladimir Poutine de se présenter pour les élections de 2012, lequel a accepté et rendu la pareille en annonçant qu’en cas de victoire, il le nommerait premier ministre. On peut se demander si le peuple Russe commence en dénoncer une certaine oligarchie. Il est trop pour le savoir, car ni les chiffres des manifestations, ni ceux des élections ne sont encore sûrs.

En ce qui concerne les élections présidentielles, nous pouvons toutefois dire que les évènements politiques (plus qu’économique) joueront plus en faveur des opposants qui montent en puissance par ces élections de 2011. Pour contrer Russie Unie, plusieurs hommes politiques sont déjà candidats pour la présidence : Guennadi Ziouganov pour le Parti Communiste, Vladimir Jirinovski pour le Parti Liberal Démocrate, mais aussi des personnalités civiles comme Mikhaïl Prokhorov, homme d’affaires, ou Ivan Okhlobystine, acteur, réalisateur, scénariste et prêtre orthodoxe.

Il est encore tôt pour se prononcer pour un résultat final, mais cela semblera plus serré que les dernières élections, qui avaient vu une victoire écrasante de Medvedev dès le premier tour en 2008 avec 70,3 pour cent des voix.


Les élections présidentielles et législatives en France : Avril-Juin 2012 :


En France, nous seront concernés par deux grandes élections : les présidentielles et les législatives. Elles permettent d’élire le président de la République et les députés. Leur couplage permet depuis 2000 de limiter le risque de cohabitation.

La première problématique est celle des candidats. En effet, 2012 est marquée par un véritable réveil des candidatures, dont nous avions parlé à la fin de l’année dernière en essayant de faire un point sur les candidats. Mais la barrière des 500 signatures promet d’être filtrante .


Voici notre pronostic sur les candidats qui auront les signatures et pourront donc se présenter :

De gauche à droite :

-Nathalie Arthaud

-Philippe Poutou

-Jean-Luc Mélenchon

-Eva Joly

-Jean-Pierre Chevènement

-François Hollande

-François Bayrou

-Corinne Lepage

-Hervé Morin

-Dominique De Villepin

-Nicolas Sarkozy

-Nicolas Dupont-Aignan

-Frédéric Nihous

-Marine Le Pen

Dans un contexte économique de plus en plus tendu (notamment avec des indicateurs économiques en baisse, un cadre financier hésitant et une dette publique croissante ces dernières années), le sort de ces élections présidentielles est incertain, d’autant que le Front National connaît un essor dans les sondages par son renouveau tenté par Marine Le Pen, aux commandes du parti désormais. La bataille, qui se faisait à 2 voir 3 (en intégrant François Bayrou) en 2007, se fait maintenant à 4.

On peut se demander si le contexte économique, qui rejaillit sur l’Union Européenne et ses relations avec la France, ne provoquera pas une alternance, d’autant que Nicolas Sarkozy a été particulièrement impliqué en étant chef de l’Etat Français et président de l’Union Européenne en 2008. Il fut de même l’initiateur du traité de Lisbonne et du traité de Bruxelles d’octobre dernier avec Angela Merkel. De même, la dynamique élective ne plaide pas en la faveur du pouvoir actuel, qui a perdu la majorité des élections du mandat.

Aussi, François Hollande a obtenu une certaine légitimité en gagnant facilement les primaires socialistes d’octobre dernier. Mais il semble trop s’écarter d’une vraie gauche selon certains, dont Jean-Luc Mélenchon qui aspire d’ailleurs des suffrages de l’extrême gauche grâce à sa dynamique d’union de la gauche (Parti de Gauche-PCF-Gauche Unitaire).

Concernant les élections législatives, elles se font selon un scrutin majoritaire à deux tours, sans dose de proportionnelle, ce que critique souvent le Front National. Les élections législatives seront probablement le reflet des élections présidentielles, mais comme celles-ci seront plutôt serrées selon nous, les législatives qui suivront le seront tout autant. Leur issue sera importante pour la capacité et la légitimité de la majorité et du gouvernement à mener des réformes, d’autant que le sénat a lui basculé à gauche depuis septembre dernier.

Depuis la mi-mandat en France, on observe une montée des oppositions, non seulement contre Nicolas Sarkozy, mais aussi contre l’Union Européenne et sa politique, en réaction avec la situation économique. Cela se caractérise par l’essor dans les sondages de Marine Le Pen, mais aussi de Jean-Luc Mélenchon. D’autres discours de remise en question de la mondialisation ont aussi été tenus par Arnaud Montebourg aux primaires socialistes, et par Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Pierre Chevènement.

Il ne faut pas oublier la percée aux dernières élections des écologistes, qui pourraient être renforcés par le désastre concernant la centrale nucléaire de Fukushima. Cependant, Eva Joly ne semble pas faire l’unanimité et son résultat pourrait bien être inférieur à ce qu’on peut penser et à ce que les élections précédentes (à enjeu moins important) nous ont montré pour l’écologisme. On peut toutefois penser qu’elle fera mieux que Dominique Voynet en 2007.

Le centre, surtout avec François Bayrou, semble retrouver une dynamique après une traversée du désert pendant 5 ans. Toutefois, l’union n’est pas encore au rendez-vous et les candidats centristes seront au minimum 3.

Là encore, il est difficile de se prononcer sur l’issue des suffrages. Les sondages ne sont pas toujours conçus objectivement et donnent parfois une vision biaisée de la réalité. Il faudra attendre la campagne et des évènements politiques à venir, ainsi que la liste officielle des candidats pour se prononcer plus pertinemment. Le trio de tête sera sans doute composé de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Marine Le Pen, mais François Bayrou a encore ses chances. Nous ne devons pas écarter un scénario de type « 21 avril 2002 » dans lequel Marine Le Pen serait au second tour.

Il convient peut-être aussi de relativiser l’importance des élections, car l’Union Européenne a gagné en prérogatives politiques dernièrement, par le contrôle budgétaire des parlements nationaux et par le Mécanisme Européen de Stabilité.


Les élections américaines de novembre 2012 :


Nous finirons l’année élective 2012 avec un gros morceau : les Etats-Unis. Les élections présidentielles (entre autres) auront lieu le 6 novembre. Ces élections sont les plus tardives, mais elles sont déjà d’actualité, car si le candidat démocrate devrait être le président sortant Barack Obama, le candidat républicain, lui, n’est pas encore déterminé et doit l’être au cours de la primaire républicaine, qui voit s’affronter 8 prétendants dont trois semblent se détacher du lot : Mitt Romney, Ron Paul et Newt Gingrich.

Barack Obama a été élu il y a 3 ans, dans une vague d’optimisme et de renouveau consacrée par un évènement historique. En effet, il était le premier président noir (en réalité métis) des Etats-Unis. Toutefois, comme de nombreux dirigeants ces dernières années, il a connu des difficultés politiques liées à un contexte économique incertain et glissant.

Au niveau économique, en effet, la crise des subprimes a entraîné des faillites auxquels le gouvernement américain a dû réagir par des aides, des plans de sauvetage. Il a fallu aussi redynamiser l’économie par des plans, par une intervention de l’Etat et par des Quantitative Easing pratiqués par la Federal Reserve, dirigée par Ben Bernanke. Cela a conduit à une augmentation de la dette publique américaine, qui atteint (en comptant l’Etat fédéral, les Etats, les ménages, les entreprises) plus de 20 000 milliards de dollars. La volonté d’élargir les aides sociales n’y fut pas étrangère selon les républicains. Malgré ces interventions, les standards économiques sont médiocres aux Etats-Unis, avec un chômage de plus en plus long, une croissance moins importante que prévue… La politique de Ben Bernanke n’a pas relancé l’économie américaine : elle n’a fait que permettre aux places boursières de limiter les dégâts d’une baisse déjà importante.

Ces difficultés économiques se sont traduites sur le plan politique. Les républicains, dans un rôle d’opposition, voire même certains démocrates, ont fustigé la politique sociale d’Obama. La politique de la Federal Reserve a été critiquée par certains républicains dont Ron Paul. L’importance de la dette et l’augmentation de son plafond a rendu la coopération nécessaire mais houleuse entre démocrates et républicains.

Ainsi, les élections du midterm de novembre 2010 ont vu une victoire des républicains, notamment grâce à un mouvement composite mais dynamique, celui des Tea Parties, avec à leur tête des ultra-conservateurs ou des libertariens, mû par une identité américaine authentique et traditionnelle. Les républicains sont donc sur une dynamique qui semble leur donner un avantage sur Obama, ce quelque soit le candidat. Le candidat qui semble t-il va s’imposer devrait être Mitt Romney, car Ron Paul, malgré une certaine crédibilité, ne rassemblera peut-être pas assez les républicains, notamment sur sa critique de l’Etat, de l’interventionnisme américain, sur sa volonté de légaliser les drogues ou encore de modifier les politiques monétaires, financières et fiscales aux Etats-Unis.

Il ne faut pas non plus sous-estimer le bilan de Barack Obama qui tente un repli au niveau géopolitique en Irak et en Afghanistan, notamment suite à la mort de Ben Laden.

Toutefois, la lutte contre le terrorisme n’est pas terminée. En effet, Barack Obama a finit par signer le National Defense Authorisation Act dont les clauses 1 021 et 1 022 autorisent la poursuite, l’arrestation et la détention d’un suspect de terrorisme sans procès. Cela a révolté certaines associations pour les droits ou les libertés aux Etats-Unis. Cela pourrait entacher la fin de mandat du président démocrate, d’autant que cette loi exlut quasiment la fermeture des camps de Guantanamo.

Notre pronostic est pour l’instant une victoire des républicains, mais il semble être aussi encore trop tôt pour avoir un pronostic complètement valable.


http://www.lexpress.fr/actualite/politique/500-signatures-ou-en-sont-les-candidats_1064962.html

http://www.infosplusgabon.com/article.php3?id_article=7089



Vincent Decombe

lundi 2 janvier 2012

Bonne année 2012





Bonjour à tous

En cette soirée du 2 janvier, nous vous souhaitons à tous une excellente année 2012, pleine de bonheur et de prospérité.

Dans tous les cas, 2012 sera une année charnière sans aucun doute. Après une année 2011 intense voir historique, 2012 sera dans la même logique.
Les pays arabes n'en ont pas fini avec les mutations, après les révolutions qu'ils ont pour certains connu au cours de l'année précédente. Il faut reconstruire, réconcilier les populations, négocier et mettre en place des institutions.
Les pays occidentaux dans leur grande majorité devront faire face à une concurrence toujours plus grande avec les pays émergents : la Chine est en effet devenue 2ème puissance économique mondiale, le Brésil 6ème. Cette lutte sera d'autant plus difficile pour l'Europe, l'Amérique du Nord et le Japon, car les dettes pénalisent une activité économique qui ralentit. Les problèmes devront être réglés d'une manière ou d'une autre, même s'ils semblent insolubles. Les difficultés seront de toute évidence quasi inévitables, même pour revenir vers la prospérité.
Dans ce même contexte difficile, il faudra étudier deux autres données : la politique extérieure des Etats-Unis et la politique européenne : les USA (à la tête du G8) pourraient être toujours plus contestés, notamment en Amérique du Sud, en Chine et en Russie, alors que l'Union Européenne (sous présidence Danoise depuis hier) pourrait jouer la carte d'un fédéralisme progressif mais de plus en plus visible.
2012 sera aussi une année d'élections dans plusieurs grands pays du monde : tout d'abord le 4 mars en Russie (il faudra alors prêter attention à ces élections après les élections contestées de décembre 2011). Ensuite en France les 22 avril et 6 mai pour les présidentielles et les 10 et 17 juin pour les législatives. Enfin aux Etats-Unis début novembre pour les présidentielles notamment. Ces élections pourront engendrer des alternances, car leurs dirigeants respectifs ont connus des difficultés politiques liées à la crise économique à partir de 2008.

Cette année qui s'annonce sera probablement importante, pas forcement la dernière non (qu'en savent les Mayas, ce n'est rien que la 183ème prévision de fin du monde depuis la chute de l'Empire Romain) ; mais elle sera de toute façon un tournant. Le pessimisme affiché par les français semble en partie réaliste au vu de la fin de l'année 2011. Sera t-il apaisé par les divers évènements sportifs comme l'euro 2012 de football ou les jeux olympiques et paralympiques de Londres ?

Nous essayerons de couvrir au mieux tous ces faits. Nous allons continuer la rétrospective, probablement avec les 30 ans de la guerre des Malouines. Nous essayerons d'écrire une série d'articles sur les élections de l'année, surtout concernant la France. Il nous faudra expliquer au mieux les décisions des politiques face à la crise économique, leurs motivations et leurs conséquences possibles. Florian sera également là pour continuer ses analyses géopolitiques claires. N'hésitez surtout pas à demander des articles sur des sujets qui vous intéressent.

Nous vous remercions pour votre fidélité

A très bientôt

L'équipe Blog Actualité


lundi 26 décembre 2011

Il y a 20 ans : la chute de l'URSS

-Mikhaïl Gorbatchev, dernier chef d'Etat de l'URSS-


Continuons notre rétrospective des évènements importants de l’histoire. Après avoir traité des attentats du 11 septembre 2001 et de leurs conséquences sur l’histoire et les relations internationales, nous pouvons remonter en arrière en évoquant la fin de l’URSS le 25 décembre 1991 qui mettait un terme à l’épilogue de la guerre froide, dont les Etats-Unis d’Amérique sortirent ainsi vainqueurs. Comment se sont déroulés les évènements qui ont précipité l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques dans le gouffre ? Quelles en furent les conséquences à court et long terme ?

Une puissance sur le déclin dans un contexte de guerre froide :


A partir de 1980 le monde entre dans une nouvelle phase de la guerre froide nommée la guerre fraîche. Celle-ci est marquée diplomatiquement par une nouvelle tension des relations entre les USA et l’URSS du fait de l’élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis. Celui-ci souhaite inverser la tendance qui s’était dessinée dans les années 70, trop en faveur des soviétiques selon lui. Avec son slogan « America is back », il veut lutter contre ce qu’il appelle la gérontocratie. Son premier mandat fut particulièrement destiné au réarmement auquel un budget énorme fut consacré (entre autres pour le projet de « guerre des étoiles »). Son premier mandat est d’autant plus affirmatif qu’il a face à lui des dirigeants soviétiques vieillissants et malades : Andropov puis Tchernenko. Tout est fait pour essouffler économiquement l’URSS, dont le système politico-économique devient archaïque.

C’est dans ce cadre que Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985. Sa jeunesse (par rapport aux anciens dirigeants) et sa volonté de réformer l’Etat montrent un souhait de conciliation dénotant une première défaite (sur le long terme) du modèle soviétique face au modèle américain (qui lui est resté quasiment intact depuis le début). Toutefois cela permet une reprise des négociations avec l’Amérique de Ronald Reagan (par des nouveaux traités de désarmement), dont le second mandat est plus teinté de pragmatisme.

La tentative de sauvetage par Gorbatchev :


En plus d’une certaine tentative de conciliation d’un point de vue extérieur (pour laquelle il reçoit le prix Nobel de la Paix en 1990), Mikhaïl Gorbatchev souhaite réformer intérieurement l’Union Soviétique, surtout concernant le système politique et économique. Les deux grands chantiers de réformes sont nommés la Glasnost (transparence) et la Perestroïka (reconstruction) qui visent à entrer dans une économie plus puissante, à démocratiser le système politique et à limiter le budget de l’armement. Elles remettent en cause des principes fondamentaux du communisme soviétique en instaurant notamment la propriété privée (tout du moins en l’acceptant) et en accordant le pluralisme politique. Ainsi grâce à la première des deux réformes, la liberté d’expression grandit, des prisonniers politiques et dissidents sont libérés, la critique est possible tout comme les manifestations. Symboliquement, Mikhaïl Gorbatchev dénonce aussi publiquement les crimes de Staline et va donc plus loin que Nikita Khrouchtchev dans la « déstalinisation ». La seconde réforme se concentre elle sur l’économie et consiste en une restitution des terres aux paysans, à l’autorisation aux particuliers de créer des entreprises et de participer à l’économie, à la libéralisation de certaines activités de l’Etat, et à la libéralisation du système politique par la réforme de la constitution de 1977 (pluralisme, élections plus libres…).

L’échec de Gorbatchev :


Malgré les nouveaux engagements pris par Mikhaïl Gorbatchev, la situation en URSS ne s’améliore pas, surtout d’un point de vue intérieur. Cela vient à l’origine du contexte politique instable qui fait suite aux réformes. Celles-ci vont trop loin pour certains (des communistes conservateurs qui souhaitaient conserver les anciennes structures du parti et de l’Etat) mais ne vont pas assez loin pour d’autres comme Boris Eltsine, qui prend la tête de l’opposition progressiste. Ce contexte rend l’application des réformes et la position du chef de l’Etat difficiles. La corruption parmi les anciens du parti, l’inflation croissante, s’ajoutent au fait que rien n’a réellement remplacé l’économie planifiée, pas même un système capitaliste, comme l’ont adopté les chinois dans les mêmes années avec Deng Xiaoping. L’Union Soviétique est donc en état de ruine économique et de forte instabilité politique, ce qui favorise la tentative de putsch qui a lieu à Moscou le 19 août 1991. Ce sont les conservateurs du PCUS qui l’ont mené pour renverser Mikhaïl Gorbatchev et restaurer l’Union Soviétique. Créant un comité d’urgence, ils n’ont néanmoins pas écarté l’opposition qui réussit à s’appuyer sur le peuple (qui organisa une grève générale) pour faire échouer le coup d’Etat après deux jours. Gorbatchev retrouve sa place, mais il le doit à son opposition réformiste.

La dislocation progressive de l’URSS :


Tout se fait progressivement pour l’URSS. Sa dislocation n’est pas brutale. Ce démantèlement provient des républiques elles mêmes qui prennent peu à peu le pouvoir que l’URSS avait centralisé à partir de sa création en 1922. Dès juin 1990, le président du soviet de Russie, Boris Eltsine, démissionne du parti et déclare la souveraineté de la Russie. Le putsch raté de 1991 a aussi fragilisé l’URSS puisque ce sont les communistes conservateurs qui l’ont mené puis manqué, compromettant le PCUS qui est une structure fondamentale de l’URSS. Pendant l’automne qui suivit, les républiques se sont petit à petit proclamées indépendantes et ont laissé à la Russie le soin de récupérer des fonctions de l’URSS, qui devenait alors une coquille vide. Avait-elle encore une raison d’être ? Avait-elle besoin encore d’un président ? Plus pour longtemps, puisque le conflit d’influence politique entre les nouveaux états qui s’affirmaient (ou se réaffirmaient) et l’URSS était peine perdue pour cette dernière. Le 8 décembre 1991, ce sont les accords de Minsk, conjointement signés par les chefs de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie, qui annoncent la dissolution de l’URSS, officialisée par la démission de Mikhaïl Gorbatchev, devenu chef d’Etat sans Etat, le 25 décembre.

Pour marquer une certaine continuité de la proximité entre les 15 républiques issues de l’URSS fut créée la Communauté des Etats Indépendants, une entité intergouvernementale sans réel pouvoir de décision juridique.

Conséquences de la chute de l’URSS :


Tout d’abord, cette chute a permis à certains Etats de devenir ou redevenir indépendants vis-à-vis de la Russie, qui était la république la plus puissante en URSS. Cela a donc réintroduit dans cette vaste entité la question des indépendances. Les russes de leur côté ont éprouvés pour certains une nostalgie de l’URSS qui leur procurait une puissance politique mondiale. Aussi ont-ils eu du mal à se séparer d’états comme l’Ukraine. De leurs côtés, les autres républiques indépendantes ont pu s’organiser indépendamment de la tutelle russe. Cela a pu entraîné des relations houleuses avec la Moscou. La question des indépendances s’est exprimée d’une autre manière depuis : du point de vue de peuples réclamant leur indépendance à l’intérieur des nouvelles républiques (les Tchétchènes en Russie, les Ossètes du sud en Géorgie).

Ensuite, l’éclatement de l’URSS a remis en question la répartition des peuples. Sous un même état multinational, il était facile pour chaque peuple d’habiter dans une autre république, puisqu’elle était sous l’égide de l’URSS. Mais après 1991, beaucoup de peuples se sont retrouvés hors de leur Etat-Nation. Ainsi, 25 millions de Russes se sont retrouvées dans des nations étrangères (notamment en Estonie et en Lettonie) où des discriminations à leur encontre ont été faites. En Russie, le nationalisme s’est reconstruit en groupes politiques qui parfois, ont commis des violences raciales.

Concernant la coopération régionale dans le monde soviétique, elle se basa dès lors sur les nations en place. Les difficultés économiques ont forcé à la coopération économique (par la Communauté Economique Eurasienne) même si elle n’a pas permis le renouveau d’une union (pensé en 1994-95). La CEI fut une construction relativement morne jusqu’aux années 2000, le temps probablement, que la situation se stabilise et que les relations se normalisent.

Enfin, économiquement et politiquement, la chute de l’URSS a concrétisé et matérialisé le retard que n’a jamais pu rattrapé l’Union Soviétique sur l’occident. La transition vers l’économie de marché fut difficile dans toute l’URSS et sa zone d’influence politique (les anciennes démocraties populaires). En Russie, le moral de la population fut très affecté. Cela se ressent sur la démographie russe, qui fut très négative après la chute et ce pendant plusieurs années, malgré le retour au pays des russes de l’étranger. Tout cela a considérablement diminué l’influence de la Russie sur la scène internationale, ce qui a profité aux Etats-Unis, devenus un temps leader incontesté du monde unipolaire.

Conclusion :

La chute de l’URSS fut un évènement très important des dernières années puisqu’elle a touché une entité politique influente au cours de la seconde partie du siècle.

Cette chute est surtout intérieure, d’où le terme d’implosion souvent utilisé pour qualifier cette fin. Toutefois n’oublions pas que cette fin dura trois ans et trouve sans doute ses racines dès le début des années 1980. Si la fin est directement causée par des problèmes de réformes intérieures, elle a certainement des origines extérieures : l’URSS était en effet en recul face aux Etats-Unis dans la guerre froide (d’où la volonté de réformer).

Cette chute a eu des conséquences sur la géopolitique du monde soviétique et sur la géopolitique mondiale : elle aboutit à de nouveaux états en Eurasie et a permis la concrétisation du Nouvel Ordre mondial. Toutefois, la Russie, après avoir connus des difficultés, semble redevenir un Etat important dans le concert des nations, surtout dans un contexte nouveau de contestation de la toute puissance américaine et grâce à sa puissance énergétique. On peut se demander si la Russie, à l’avenir, ne va-t-elle pas assumer ce rôle de leader politique du contrepoids face aux USA, accompagnée peut-être de la Chine et de pays émergeants d’Amérique du Sud.

SOURCES :

-Les 1001 jours qui ont changé le monde.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_des_r%C3%A9publiques_socialistes_sovi%C3%A9tiques#Les_derni.C3.A8res_ann.C3.A9es_de_l.27URSS_.281985-1991.29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Putsch_de_Moscou

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dislocation_de_l%27URSS

Pour en savoir plus : L’Histoire n° 369 : Novembre 2011.

jeudi 22 décembre 2011

2011, ANNEE HISTORIQUE

L’année 2011 qui s’achève fut riche en rebondissements. Tout commence le 14 janvier avec le départ de Zine el-Abidine Ben Ali, président de la Tunisie, après 23 ans de pouvoir sans partage, poussé à la démission par la révolte de la rue débutée le 17 décembre 2010 (après que Mohamed Bouazizi, vendeur de légumes ambulant de vingt-six ans, se fut immolé par le feu devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid pour protester contre son interdiction d’exercer son activité). Cette onde de choc va provoquer des émeutes en Egypte qui voit à son tour le président Hosni Moubarak quitter le pouvoir le 11 février après 30 ans de pouvoir. Les émeutes se propagent au Yémen, en Algérie, au Maroc, à Bahreïn… : c’est un véritable printemps arabe. La Libye connaît à son tour des émeutes dès le 13 janvier. Une guerre civile éclate, réprimée dans le sang par le Colonel Kadhafi qui utilise ses chars et ses avions pour écraser la rébellion. L’ONU, poussé par la France, vota une résolution autorisant l’intervention aérienne pour protéger les populations civiles. Les rebelles soutenus par l’aviation de l’OTAN (Anglais et Français et américains en particulier) firent chuter le régime du Guide libyen après 42 ans de règne. Ce dernier en fuite fut retrouvé le 20 octobre à Syrte et mourut dans des conditions encore troubles à ce jour.


Les manifestations continuent encore en Syrie et la répression a déjà tué 4000 personnes.

Un séisme a ensuite touché le Japon le 11 mars. De magnitude 9, il a provoqué un puissant tsunami qui a ravagé les côtes 600 kilomètres de la côte Est du Japon et causant la mort d’environ 16 000 personnes et 4 700 disparus (Courrier International, le 11 août 2011), Ce tsunami va provoquer l’ennoiement et l’arrêt des systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima. Les ingénieurs de la centrale provoquèrent l’explosion des structures externes des réacteurs afin de diminuer la pression à l’intérieur pour éviter une réaction en chaîne. Toutefois, la commission mise en place pour élucider les causes de la catastrophe pense aujourd’hui que ce serait les secousses qui auraient endommagées les tuyauteries du système de refroidissement (Le Monde du jeudi 8 décembre). Ces explosions dégagèrent des produits radioactifs dans l’atmosphère et un périmètre d’évacuation de 20 kilomètres autour de la centrale fut dessiné avec évacuation des populations.


Le 14 mai, un autre évènement secoue le monde : le président du Fond Monétaire International Dominique Strauss-Kahn est arrêté à New York pour agression sexuelle envers la femme de ménage Nafissatou Diallo au Sofitel où il avait réservé une chambre. Il passe même quelques jours en prison après sa comparution devant le juge Michael J. Obus sous les objectifs du monde entier. Il est finalement libéré sous caution le 19 mai mais démissionne de son poste de président du FMI, remplacé par Christine LAGARDE ministre de l’économie de la France. Les poursuites au pénal sont abandonnées le 23 août en raison de la perte de crédibilité de la femme de ménage.

Il a depuis regagné la France où il a pu voter aux primaires socialistes. Cet événement, une première en France, a vu le 16 octobre, après des semaines de campagnes, la victoire de François Hollande sur cinq autres candidats. L’originalité de ces primaires fut d’être ouvertes à tous les français sympathisants de la gauche inscrits sur les listes électorales. Elles ont rassemblé environ 2,7 millions de personnes au premier tour le 9 octobre et 2,9 au second le 16 octobre.

Cette année a aussi été dure pour l’Union Européenne mise à mal par la crise des dettes souveraines. La Grèce est entrée sous les feux des projecteurs en menaçant de faire tomber l’Euro et dont les dirigeants de l’UE ont dû annuler 50% de sa dette. Le problème semble pourtant « contaminer » les autres pays, puisque l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et même la France et l’Allemagne sont en difficultés croissantes avec un chômage important, des dettes qui gonflent, des taux d’intérêts qui augmentent et une activité économique qui ralentit. Cela semble motiver des volontés d’une Europe toujours plus fédérale et centrale par rapport aux Etats, ce qui n’est pas du goût des britanniques.

L’année 2011, a connu d’autres événements historiques la mort d’Oussama Ben Laden par une intervention américaine au Pakistan 10 ans après les attentats du 11 septembre, les deux mariages princiers à Monaco et au Royaume-Uni. On peut aussi parler de la guerre civile en Côte-d’Ivoire entre les partisans d’Allassane Ouattara et Laurent Gbagbo entraînant la chute de ce dernier avec l’aide la France le 11 avril. Consécutive à des élections censées stabiliser le pays, elle fut le témoignage d’un semi-échec pour la démocratie ivoirienne. Il a fallu une intervention peu discrète des français pour que Ouattara puisse s’installer au pouvoir à la place du président sortant, vaincu.

Ce n’est pas fini, je continue : entrée de la Palestine à l’ONU, naissance d’un nouvel Etat avec le Sud-Soudan le 9 juillet, les attentats meurtriers de cet été en Norvège, le basculement du Sénat à gauche.

Vous le voyez, cette année a donc été riche en événements historiques. Elle restera dans les mémoires. 2012 nous réserve sans aucun doute d’autres évènements d’une grande importance. En attendant, bonnes fêtes de fin d’année à tous !


Florian Thomas



lundi 12 décembre 2011

Le point sur les candidats à la présidentielle de 2012




Bonjour à tous

La présidentielle de 2012 commençant à pointer le bout de son nez, il serait de bon ton de faire un petit point sur les candidats qui comptent (avec plus ou moins de crédibilité) se présenter pour devenir président de la république.
Ce point est nécessaire, car les médias ne nous montrent qu'un certain nombre de candidats susceptibles de recueillir les 500 signatures, alors même que d'autres candidats existent.


Commençons par la droite :


Nicolas Sarkozy est bien sûr le candidat naturel de la Majorité Présidentielle. Il est président sortant et a remporté l'élection 2007 avec plus de 53 pour cent des voies. Il est sans doute le candidat le plus charismatique et le plus habile politiquement. Toutefois, son mandat ne fut pas facile : il a été un président contesté bien sûr par les oppositions (qui se sont multipliées), mais aussi au sein de sa propre majorité qui se fissure. Ainsi, comme en 2002, Christine Boutin tente l'aventure avec son Parti Chrétien Démocrate, nouveau nom de son ancien Forum des Républicains Sociaux. Elle tente de s'affirmer sur le créneau chrétien démocrate, conservateur social, mais ne semble offrir que cette originalité. Elle va probablement insister sur la lutte contre l'euthanasie. A l'intérieur de la majorité, nous avons également Dominique de Villepin. En opposition personnelle à Nicolas Sarkozy, il a créé son propre mouvement République Solidaire. Il apporte une tonalité très républicaine à son discours, qui se rapproche plus du centre-droit, avec une vocation sociale marquée. Certains diront qu'il souhaite simplement faire perdre Nicolas Sarkozy, d'autres y croient sans doute beaucoup. Il faut toutefois bien dire les choses : un certain nombre de ses fidèles ont intégré le gouvernement, y compris après la création du mouvement Villepiniste. A droite encore, Frédéric Nihous a aussi déclaré qu'il était candidat, malgré le fait qu'il se soit approché de la majorité après les régionales de 2010. Il avait réussi à se présenter pour Chasse, Pêche, Nature et Traditions en 2007 et renouvèle sa tentative sous la même étiquette pour 2012. En revanche, son allié des européennes de 2009, Philippe De Villiers (du Mouvement Pour la France) ne semble pas de présenter. Sur son créneau souverainiste et gaulliste, c'est plutôt Nicolas Dupont-Aignan qui sera à la chasse aux signatures. La sortie de l'euro, la réorganisation de l'Europe et la République et le gaullisme sont ses leitmotiv. Dans la même mouvance, mais bien moins médiatisé, Nicolas Stoquer est candidat pour le Rassemblement Pour la France.
A l'extrême droite, c'est bien sûr Marine Le Pen qui est candidate. Elle a gagné le parti de son père, qui avait accédé au 2nd tour en 2002, après son élection à la tête du Front National le 16 janvier 2011 face à Bruno Gollnisch. Sa ligne est eurosceptique, nationaliste, mais tente de moderniser l'image du parti de son père, de modérer certaines positions historiquement frontiste. Mais Marine Le Pen n'est pas la seule à l'extrême droite. En effet, Carl Lang bien moins médiatisé, se présente aussi avec son Parti de la France qui rassemble des dissidents au Front National. Il rassemblera peut-être aussi la Nouvelle Droite Populaire et le Mouvement National Républicain. Pour en terminer avec la droite, il faut aussi évoquer les noms de Patrick de Villenoisy, pour l'Alliance Royale (monarchistes) et d'Arnaud Gouillon, candidat du Bloc Identitaire.


Le centre ne s'unit pas :


Le centre représenté par François Bayrou en 2007 avait terminé en troisième position. Mais ce dernier, ne voulant pas participer à la majorité a vu don UDF se diviser entre le Nouveau Centre et le Mouvement Démocrate (qu'il a fondé). Des passerelles ont tenté d'établir un nouveau contact (comme l'Alliance Centriste de Jean Arthuis), mais en vain. Le centre ne parvient pas à s'unir. François Bayrou sera bien sûr présent. Il est légitime par son résultat de 2007 (18,57 pour cent), mais les résultats qui s'ensuivirent pour le MODEM furent mauvais. Ainsi, d'autres centristes, tentent leur chance, notamment ceux qui s'exilent quelque peu de la majorité présidentielle : si Jean Louis Borloo (du Parti Radical) n'a pas poursuivi, Hervé Morin semble lui décidé à représenter le Nouveau Centre en 2012. Corinne Lepage, malgré ses rapprochements avec les écologistes, va elle tenter sa chance avec son mouvement Cap21.
Malgré trois candidats, la sensibilité centriste semble être univoque : un certain européisme, une volonté plus ou moins grande de dépasser le clivage gauche-droite, des idées à la fois sociales et libérales. C'est sans doute l'ego qui dans cette histoire semble être privilégié.


La gauche, toujours plurielle :


A gauche, on retrouve le caractère pluriel, comme à chaque fois. Le Parti Socialiste est représenté par François Hollande qui a remporté les primaires socialistes contre Martine Aubry au second tour. Ségolène Royal, qui avait perdu en 2007, n'a terminé que 4ème est très émue de ces primaires. Le Parti Socialiste semblait très volontaire et uni autour de son candidat. Mais une tendance latente le perturbe quasi constamment : la division, le manque de chef, de personnalité marquante. François Hollande semble certes au-dessus, mais il a dû affronter d'autres de ses compères en primaire. Aussi, le Parti Socialiste a connu des perturbations lors de la dernière élection du premier secrétaire, à cause de l'affaire concernant Dominique Strauss-Kahn et même encore maintenant avec des affaires de corruption qui pourraient mêler des élus locaux socialistes. Ainsi, Arnaud Montebourg répand la discorde et sa troisième place aux primaires socialiste renforce le poids de sa discorde.
En 2007, Jean Pierre Chevènement avait soutenu Ségolène Royal. Ce n'est pas le cas cette fois ci : il retente l'expérience, comme il l'avait fait en 2002 (on l'avait accusé alors d'avoir fait perdre Lionel Jospin) avec sa ligne plus souverainiste, républicaine et jacobine que jamais.
Quant aux écologistes, ils semblent unis et solidaires derrières Eva Joly, élue lors des primaires écologistes. Elle représente le Mouvement Europe Ecologie Les Vertes, qui avait notamment percé aux européennes de 2009 et avait confirmé lors des élections suivantes. Il faudra compter sur elle à gauche, même si elle a encore du mal à s'affirmer dans son propre mouvement.
La gauche de la gauche est quant à elle incarnée par une homme de forte personnalité : Jean Luc Mélenchon. Ancien socialiste, il fut le créateur du Parti de Gauche et co-fondateur du Front de Gauche, qui associe son parti au PCF et à Gauche Unitaire. Il n'a cependant pas réussi à rassembler l'extrême gauche : Lutte Ouvrière sera représentée pour la première fois par Nathalie Arthaud et le Nouveau Parti Anticapitaliste sera représenté par Philippe Poutou, car Olivier Besancenot a renoncé à se présenter. A gauche, on retrouve aussi la candidature marginale de Marc Jutier pour le mouvement Fraternité Citoyenne.


D'autres candidatures, plus alternatives :


Nous avons également quelques candidats plus difficiles à classer dans le clivage droite-gauche. C'est le cas de François Asselineau, pour l'Union Populaire Républicaine. Il vise à rassembler autour de l'idée de sortie de l'Union Européenne, chose qu'il revendique être le seul à vouloir.
C'est aussi le cas de Jacques Cheminade, déjà candidat en 1995. Il se lance avec son mouvement Solidarité et Progrès, qui axe beaucoup sa réflexion sur la réforme du système financier et banquier.
Patrick Lozès, quant à lui, souhaite représenter la communauté noir, tout du moins la mettre en valeur par sa candidature. Il ne l'est pas au nom du Conseil Représentatif des Associations Noires.
Enfin, Maxime Verner tente sa chance, soutenu par l'Association des Jeunes de France et Christopher Guéna, du haut de ses 20 ans s'affiche avec l'Initiative Jeune en France (Société Nouvelle).


Il y a donc beaucoup de candidats à la présidentielle de 2012, et celle liste n'est peut-être pas exhaustive.
Toutefois, il faut souligner qu'un certain nombre de candidatures ne pourra pas aboutir à cause de la nécessité de réunir 500 signatures de maires et d'élus.


Vincent Decombe

mercredi 7 décembre 2011

En quoi ne sommes nous pas en démocratie ?

-Abraham Lincoln disait simplement : "La Démocratie est le Gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple".


Cette définition très connue livrée par le 16° Président des Etats-Unis est reprise à l'article 2 dernier alinéa de la Constitution Française de 1958.
D'un point de vue étymologique, le terme démocratie renvoie au pouvoir ou à la souveraineté du peuple en matière politique, (des termes de grec ancien Dêmos, peuple, et Kratos, pouvoir), c'est à dire dans la détermination des règles de droit dont le but est d'organiser et de structurer une communauté politique organisée et identifiée.

En repartant des origines linguistiques et pratiques liées à ce terme qui de nos jour est si banalement et couramment usité, en quoi peut-on dire actuellement que nous ne connaissons pas un système politique véritablement démocratique ?

L'objet de cet article n'est pas principalement (peut-être accessoirement y trouverez vous une pensée subversive cela dit) celui de la critique du système dans lequel nous nous situons actuellement (aucun régime, aucune idéologie, n'étant parfaite sitôt soit-elle confrontée à l'être humain qui est en soit le fondateur soit l'exécutant), mais surtout de rétablir ce que je crois être la vérité en matière d'organisation du pouvoir politique et des influences néfastes que celui-ci peut subir.
Bon nombre de nos dirigeants actuels estiment que nous sommes actuellement dans un système politique démocratique, ce que je voudrais relativiser voire démentir en fonction de mes réflexions.
Bien sûr, il est probable que vous pensiez que j'idéalise quelque peu mon propos, mais soyez certains que mon but est avant tout de mener une véritable réflexion sur le concept de démocratie, pour ensuite l'appliquer aux faits, aux évènements, aux constats de notre environnement politique.

Repartons de l'idéal de Lincoln : le peuple politique (c'est à dire l'ensemble des citoyens, les personnes jugées aptes à divers points de vue à la participation politique) est le premier et le seul impliqué dans l'organisation de la société dans son ensemble.


Le gouvernement par le Peuple


Un pouvoir politique démocratique est exercé directement par le Peuple, puisque démocratie signifie le pouvoir politique exercé par le peuple.
Il n'y a pas, ce me semble, d'alternative.
Le système actuel n'est pas en son fondement démocratique, puisqu'il consiste pour le peuple à élire des représentants qui eux seront chargés de l'élaboration des Lois régissant la vie en société sous tous ses aspects.
Dès lors qu'il existe une césure entre la Nation et les représentants dont elle se dote, de fait elle se coupe du pouvoir politique, chargeant d'autres personnes, les élites politiques si diverses et puissantes soient-elles, de le faire en leur nom par le biais d'un mandat politique.
D'aucuns parleront de démocratie participative ou bien encore représentative, sorte de systèmes bâtards dans lesquels le citoyen y trouverait son compte. Ce sont des chimères, ne serait-ce qu'au point de vue de leur présentation sémantique relevant du plus grand flou artistique. Tandis que la démocratie participative est un pléonasme (puisque la démocratie exige la participation, sous-entendue du peuple) le plus souvent utilisé à tord puisqu'il ne s'agit bien souvent que d'un outil de consultation, la démocratie représentative est quant à elle une contradiction à elle toute seule.
Pour la plupart de nos élites, nos sommes en démocratie représentative, mais cela n'est pas vrai. En effet, une démocratie exige la participation du citoyen à l'essence même du système dans lequel il se trouve. Avoir recours à un représentant constitue d'ores et déjà l'abandon de ce pouvoir au profit d'un autre dont on ne sait pas s'il partage les visions, idéologies, intérêts.
A considérer que la démocratie puisse tolérer ce type de représentation, il est cependant nécessaire que le citoyen dispose de moyen de contrôle sur son représentant, car qui dit contrôle dit pouvoir originel, et qui dit représentation dit pouvoir dérivé. Force est cependant de constater que les outils essentiels permettant aux citoyens d'obtenir de leurs dirigeants des comptes sont inexistants : le mandat impératif est interdit (permettant à la majorité de déterminer elle-même les idées, les solutions, que le représentant dont elle se dote doit mettre en oeuvre), et la technique du recall inexistante en France (pouvoir des représentés de relever le représentant de ses fonctions en cours de mandat).

Ainsi donc, la seule distinction entre dirigeants et dirigés, représentants et représentés (etc, ...) suffisent à établir dans ce contrat social non seulement l'éloignement du peuple dans la prise de décision (réservée aux seules élites, De "élit", ancien participe passé du verbe "élire", donc sans connotation péjorative aucune) mais le plus souvent, au grès du temps une fracture entre les élus et les représentés, lesquels ont tendance à ne plus se comprendre (les premiers ayant, comme l'estimait Montesquieu, irrémédiablement tendance à conforter leur pouvoir dans la durée, et ce à leur seul profit), et les crises actuelles de dettes souveraines nous illustrent parfaitement ce phénomène : les représentants ont contractés des dettes colossales sans jamais obtenir l'aval de la Nation sur le fondement même de ce système de financement des politiques publiques.

Alors que la démocratie véritable unifie le citoyen et le collectif auquel il appartient par le biais du gouvernement direct de l'ensemble des uns dans l'ensemble qu'ils constituent, la démocratie envisagée dans le prisme intellectuel ayant majoritairement cours actuellement fait la distinction permanente entre ceux qui exercent le pouvoir politique (les élus) et ceux qui les nomme (le peuple), partition se faisant à la claire défaveur de ces-derniers au point de vue de la répartition équitable du pouvoir politique.

Pour mieux qualifier le système, je préfère donc parler d'un système Aristocratique (encore que la définition de "meilleurs" prête ici à débat) de représentation populaire à tendance libérale. Mais pas du tout de démocratie, quelle qu'en fut la forme réelle ou supposée. Bien évidemment ce système a ses avantages et ses inconvénients.


Le gouvernement pour le Peuple


Etant donné que théoriquement le peuple exerce lui-même (et lui seul !) le pouvoir politique, il va sans dire qu'il est en tant que tel animé par la satisfaction de son intérêt et de sa volonté propre, en tant que corps social déterminé et conscient.
Le soucis de l'intérêt général est donc une composante nécessaire de tout système politique réellement démocratique.

Il va sans dire qu'actuellement cet intérêt général est menacé, sans même développer (tout juste en évoquant) les problèmes actuels de lobbying et autres intérêts privés pourvus de pouvoirs importants. Nos gouvernants semblent actuellement bien plus sensibles à ces pouvoirs occultes et parallèles plutôt qu'à l'intérêt de la Nation dont ils ont la charge de la gouvernance.

En effet, le libéralisme politique (et économique) dont l'essor a été considérable au XVIII° siècle, et dont les canons sont encore aujourd'hui prépondérants dans nos systèmes de pensée a favorisé le développement d'une attitude des plus néfastes à l'encontre de l'idée d'intérêt commun : l'individualisme (qui réside dans un affranchissement de certaines structures basée sur la communauté au profit d'un recentrage sur l'individu, privilégié vis-à-vis des valeurs du, groupe social auquel il appartient).

Cet individualisme a considérablement modifié l'ensemble de nos modes de penser et d'envisager le monde, et la politique ne fait pas exception à la règle. En effet la participation du peuple au fonctionnement du système politique se solde par un croissant désintérêt des intérêts communs et propres au groupe au profit des intérêts personnels relatifs à la situation de chaque individu.
La démocratie ne peut se passer de l'intérêt du groupe puisqu'elle ne vit réellement qu'au travers de ce-dernier.

Les ersatz de démocratie que l'on tente de nous faire considérer comme la Démocratie, résultant d'une idéologie libérale et individualiste, sont toujours plus orientés vers une guerre d'intérêts contradictoires qu'il faut concilier, en tenant de moins en moins compte du collectif. En atteste les incessantes guerres partisanes et stériles qui constituent quotidiennement la scène médiatico-politique.
La confusion entre individu et collectif participe d'ailleurs de cette évolution.

Le collectif à même de développer l'idée de démocratie ne répond pas à une terminologie précise mais doit se doter d'une identité propre fondée sur des normes sociales précises et communes et non uniquement sur des normes purement juridiques et parfois fictives. Interviennent alors la tradition, la culture, le langage, la religion, qui forment un bouillon commun formant à terme une communauté politique, que l'on a coutume en Europe d'appeler Nation ou encore Patrie (se dotant d'un Etat, personnification morale de ces concepts, contre lequel le libéralisme reste opposé par principe) , et qui fonde la base de la démocratie (bien que celle-ci soit soit de loin antérieure) mais également des libertés fondamentales qui n'ont en elles-mêmes rien de contradictoire avec le collectif si elles sont des libertés d'exercice commun lié à la politique et non des libertés purement individuelles uniquement analysées dans le cadre de la personne.

Les libertés politiques nécessaires à l'exercice de la démocratie sont devenues par l'idéologie libérale des libertés juridiques et économiques privilégiant l'intérêt personnel à l'intérêt du groupe, d'où une atteinte à la démocratie qui trouve son coeur même (le peuple, la Nation) touché. Ceci laisse la porte ouvertes à toutes sortes d'autres dérives plus concrètes empêchant le déroulement démocratique de l'action publique.


Autres constats de l'anti-démocratie


Comme déjà évoqué plus haut, la seule véritable démocratie qui existe s'exerce donc directement au sein d'un groupe identifié et homogène.
Ainsi, la mondialisation - et ce à plus d'un titre - est une autre menace contre l'exercice démocratique du pouvoir politique.

En effet, la mondialisation provoque un élargissement croissant des sphères de relations humaines, or une démocratie, du fait qu'elle requiert l'exercice direct de la décision de chaque citoyen (après débats cela va sans dire), ne peut s'exercer raisonnablement que dans une petite sphère commune de coexistence entre les hommes qui la pratique.

Ajoutons à cela que la mondialisation participe d'un effet englobant qui a pour conséquence d'augmenter considérablement les sphères d'influence, lesquelles disposent de leviers de pouvoirs importants mais déconnectés à la fois de la volonté des peuples et de leurs intérêts propres. Cet article nous en donne une illustration tout à la fois pertinente et récente.

Un autre effet de la mondialisation, probablement le plus grave, réside dans la déconstruction lente et délibérée des structures à même de garantir libertés politiques et Démocratie. L'idée Nationale n'a jamais été autant décriée, et ses prérogatives jamais été autant foulées au pied. Ces structures qui ont pour but de tenter de garantir au peuple des prérogatives minimales sur son devenir sont remises en question par la mondialisation, et l'on évoque de plus en plus les mythes de la gouvernance mondiale dont l'Union Européenne est l'une des manifestations (bien que l'idée d'origine fut intéressante).

Cette mondialisation déconstruit peu à peu les différences entre les hommes, les peuples, les cultures, garantissant par cette différence entre chacun les spécificités à même de restreindre les sphères sociales à la taille la plus appropriée à l'exercice de la démocratie (qui ne peut être réelle qu'à un échelon relativement succinct) imposant à chacun d'entre nous, chaque jour un peu plus, le système unique, mondial et abrutissant de consommation de masse sous couvert d'une apparente multitude. L'élaboration d'une culture mondiale est sans doute la manière la plus appropriée (et la plus sournoise) d'imposer facilement à toutes et à tous un système global mais certainement pas garant du respect du pouvoir dont ils sont titulaires en tant que composant d'un groupe (lequel est chaque jour déconstruit), et ce parfaitement à son insu. En sommes : "englober pour mieux régner".

L'on pourra toujours estimer que cette analyse est fausse, que jamais l'humain n'a connu pareille jouissance de la vie et des plaisirs dont celle-ci est composée, que son choix est pris en compte. Mais les diverses origines de ces plaisirs éphémères (à supposer que tous puissent en bénéficier, et Dieu sait que loin s'en faut) ne se soucient que de l'entretien continu de l'illusion du pouvoir, mais non la garantie du pouvoir en lui-même, et Alexis de Tocqueville dans "De la Démocratie en Amérique" l'avait d'une manière aussi visionnaire qu'inquiétante déjà explicité :

"L'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde (...) : Je vois une foule innombrable d’hommes, semblables et égaux, qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart et comme étranger à la destinée de tous les autres ; ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas : il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir ; il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, (...) ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre".

Quelle synthèse plus brillante à la situation actuelle que nous connaissons ?


Pour conclure


Je pense avoir bien résumé ma façon de voir les choses et avoir assez clairement expliqué le fond de ma pensée sur le sujet de la démocratie.
Il me revient cependant de conclure sur une note encore moins optimiste : non seulement il me semble que le monde que nous connaissons ne va pas dans le sens d'une plus grande démocratie, mais de plus il apparaît que le système politique démocratique tel que je l'ai défini (à l'encontre des systèmes actuels qui n'en sont qu'une pâle et inefficace copie) reste utopique, les conditions nécessaires à son existence étant nombreuses et complexes (petites communautés homogènes d'individus fondée sur une identité propre, une autorité morale importante et une conscience de groupe basée sur une solidarité mécanique).

Il est donc probablement plus raisonnable de renoncer à des prétentions de démocrate dogmatique, lesquelles voguent probablement en d'autres temps et d'autres lieux, pour se poser la question de la forme du pouvoir actuel, mais surtout des véritables sources d'icelui, pour illégitimes qu'elles soient, afin de mieux les dénoncer, et peut-être même de mieux les démolir.


Rémi Decombe.