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dimanche 20 mars 2016

Union Européenne : condamnés à manger "européen" ?

Bonjour à tous,


Alors que le contexte est toujours très tendu entre notre gouvernement, les enseignes de grande distribution et les éleveurs, il me semble important de revenir brièvement sur une actualité récente peu glorieuse pour un quatrième acteur : notre éternelle Commission Européenne. En effet, celle-ci accroche une nouvelle perle à son collier d'inepties : une enquête sur le dos de l'enseigne "Intermarché" qui a pourtant souhaité augmenté son prix d'achat de la viande porcine. Dans cette affaire où l'on marche légèrement sur la tête, difficile de ne pas se rendre compte (enfin ou une fois de plus, au choix) de la divergence entre souveraineté nationale et supranationalité...


La décision d'Intermarché


La politique en question remonte à l'été dernier : il s'agissait d'un accord entre Leclerc et Intermarché pour acheter leur viande de porc au prix minimum d'1,40 euros le kg. En plus de réévaluer le prix payé aux éleveurs (suite à l'effondrement des cours), il respectait les "objectifs" du gouvernement.
Malgré un certain échec de cette première décision, Intermarché a toutefois relancé sa politique de soutien aux agriculteurs, selon une stratégie sans doute de marketing et de communication. Qu'importe, puisque le groupe a promis un contrat de 5 ans sur un prix fixe d'1,50 euros le kg en échange du respect de critères qualitatifs, sans qu'il n'y ait de prix plafond (le prix peut donc monter mais pas baisser malgré les cours). 

On le voit, cette politique entamée par cette enseigne de la grande distribution semble aller dans le bon sens et offrir plus de stabilité aux agriculteurs de la filière porcine, qui pour certains, ont déjà signé cet accord. Mais tout cela est en suspend du fait de la Commission Européenne. 

Bruxelles vient fourrer son nez


En effet, en toute délicatesse alors que la situation est tendue, notre chère organe exécuto-législatif de l'Union Européenne a réagit à ces accords par la volonté de mener une enquête. Rien n'est donc tranché à ce jour mais rien de très rassurant dans cette annonce froide qui rappelle la discussion que veut mener l'UE avec la Pologne. 

Le prétexte est bien sûr le suivant : celui de la concurrence libre et non faussée. Encore cet "interventionnisme libéral" à la bruxelloise qui nous rappelle qu'au nom de principes libéraux, l'Europe est devenue de plus en plus bureaucrate. La viande achetée à 1,40 euros le kg pourrait en effet discriminer la viande d'autres pays... Peut-être bien, mais n'est-ce pas légitime de vouloir favoriser les filières qui nous sont les plus proches ? Est-on à la veille de supprimer tout label ou tout indice permettant au consommateur de se baser sur d'autres critères que sur le prix de sa viande ? Cette logique ne peut-elle pas être poussée jusqu'à l'attitude des consommateurs vis à vis des produits étrangers ? Après tout, eux aussi sont des acteurs économiques...

Si l'enquête révèle vraiment une volonté anti-concurrentielle derrière ces accords, Intermarché risque une amende de 5 pour cent de son chiffre d'affaire... Espérons que tout cela intervienne avant que la Loi El Khomri ne vienne justifier quelques licenciements économiques... Plus sérieusement, il semble difficile de croire qu'un tel arrangement soit anti-concurrentiel : il intervient dans un contexte tout autre qui l'explique largement, à savoir celui d'une crise agricole. Par ailleurs, il semble que de tels accords aient déjà été signés également dans d'autres filières agricoles comme Danone le 24 février dernier, sans que cela ne fasse l'objet d'une telle enquête.



Pour finir, on voit constate une fois de plus que l'UE tente d'exister, dans un contexte de difficulté sur la politique migratoire. Certes, on pourrait dire que la Commission Européenne fait son travail, mais dans le cas présent, cette intervention est étrange.  Elle bloque une négociation de prix tout à fait normale entre la grande distribution et ses fournisseurs (deux acteurs privés), négociation qui par ailleurs est cruciale dans un contexte baissier et tendu. Ce coup de pouce aux prix est également d'une logique imparable : la provenance de la viande étant un argument commercial, il est logique de payer plus chère une viande qui se vend mieux. Au regard de l'enquête de la Commission Européenne, assez dogmatique et peu pragmatique ici, on est en droit de se demander si bientôt, la supranationalité ne sera pas incompatible avec la volonté croissante de consommer local et national, et plus généralement avec les intérêts nationaux...




dimanche 21 février 2016

Centenaire Grande Guerre : Il y a 100 ans, "l'Enfer de Verdun"

En février 2016, pour commémorer le centenaire de la Bataille de Verdun, le Mémorial rouvrira ses portes après plusieurs années de fermeture durant lesquelles il a fait peau neuve.
Verdun, ce nom sonne comme LA bataille de la Première Guerre mondiale (1914-1918) ; « l’Enfer de Verdun » comme disait les Poilus qui y avaient combattus.
Mais pourquoi les Allemands ont-ils choisi d’attaquer Verdun, un des points les mieux défendus du front ? Quel fut le bilan de cette bataille et pourquoi est-elle devenue un des symboles de la Grande Guerre ?


Tout d’abord, Verdun est située en Lorraine, dans la Meuse (55), le long du fleuve du même nom.
La ville était à l’époque défendue par une vingtaine d’ouvrages fortifiés. Du fait de ses nombreuses protections, la ville forme un saillant dans le front que les Allemands souhaiteraient faire disparaître (voir carte). C’est le premier objectif de la bataille.
Ensuite, le commandant en chef des forces allemandes Erich von Falkenhayn, choisit Verdun car il savait que les Français feraient tout pour défendre la ville. Son objectif est alors de « saigner à blanc l’armée française ». Toutefois cette version est aujourd’hui remise en cause par certains historiens allemands qui pensent plutôt que cette vision fut une justification postérieure du grand général afin de masquer son échec. 
Enfin, la zone côté allemand, est riche en voies de communication et notamment en voies ferrées (14) avantageux pour l’approvisionnement en matériel et en troupes. Les Français eux, ne disposent que d’une petite route partant de Bar-le-Duc (au Sud-Ouest de Verdun) protégée des tirs d’artillerie ennemis ainsi que d’une ligne de chemin de fer. Les Allemands ont prévu de détruire les défenses françaises en les bombardant massivement et d’avancer ensuite sur les espaces détruits (c’est ce qu’on appela plus tard le feu roulant). Début février, 850 canons et des dizaines de milliers d’hommes furent massés au nord de Verdun, près à percer le front ; ce qui ne devait être qu’une affaire de jours d’après l’état-major !


Le 21 février, l’attaque est déclenchée à 7 heures du matin. Deux million d’obus (un toutes les 3 secondes) pleuvent sur les défenses françaises en deux jours. Le bruit est tel qu’il est entendu jusque sur le front des Vosges à 150 km au sud-est de la bataille.
Joffre, le général en chef des armées, nomma alors Philippe Pétain pour organiser la défense. Ce dernier restructura les défenses et surtout instaura le ‟tourniquet”. C’est à dire qu’il fit alterner les soldats au front afin de reposer les troupes (ce que ne firent pas les Allemands). C’est ainsi que 70 des 95 divisions françaises combattirent à Verdun qui devint la bataille de toute l’armée.

De plus l’état-major fit élargir la route départementale vers Bar-le-Duc, seule route d’accès à l’abri des canons ennemis, dans le but de permettre un approvisionnement quotidien du front. Ainsi, ce furent durant l'été 1916, 90 000 hommes et 50 000 tonnes de munitions, de ravitaillement et de matériel qui l'empruntèrent chaque semaine. Le flot étant ininterrompu, les camions en panne étant jetés sur le côté. On parle d’un passage toutes les 13 secondes au plus fort de la bataille. Maurice Barrès appela cette route la « voie sacrée » car elle fut quasiment le seul cordon ombilical pour approvisionner Verdun. 


-Carte de la Bataille de Verdun-



Comme la carte le montre bien, le front a finalement peu progressé. Chaque mètre carré a été ardemment défendu par les Français et les Allemands fortifiaient les espaces stratégiques qu’ils prenaient. Chaque camp était réfugié derrière un système de tranchées et il fallait à chaque fois partir à l’assaut des défenses ennemies pour avancer.  Les zones étaient prises et reprises au prix de milliers de morts. Par exemple, le village de Fleury-devant-Douaumont fut pris et repris 16 fois durant la bataille. C’est aujourd’hui un des huit « villages martyrs » autour de Verdun. C’est-à-dire qu’il n’y a plus d’habitants, le village étant resté à l’état de ruine, mais il dispose tout de même d’un maire.
Le fort de Douaumont devint un des symboles de la bataille. Il fut pris aux Français le 25 février qui n’étaient qu’une soixantaine à le défendre à cause d’une erreur liée à l’organisation des relèves. Il fut repris en octobre après une offensive organisée par l’état-major tenant absolument à reprendre ce symbole à l’ennemi.
Si les Poilus déclarèrent que Verdun fut un enfer, ce ne fut pas seulement à cause des combats. La boue notamment qui au printemps 1916 rendit les conditions extrêmement difficiles. Elle collait au corps, les hommes, les machines et les animaux s’y enfonçaient. Des soldats racontent que certains se seraient noyés dans les trous d’obus, ne pouvant remonter englués dans la boue.


Les Allemands ne parviendront pourtant jamais à s’emparer de Verdun. La résistance acharnée des Français ne leur permit pas d’atteindre leur objectif.
Le bilan humain de cette bataille est quant à lui énorme : 714 231 morts, disparus ou blessés, dont 362 000 soldats français et 337 000 allemands. On estime qu’en moyenne, chaque jour, 3 000 hommes mourraient. Quoi de mieux que ces 15 000 croix blanches devant l’Ossuaire de Douaumont pour illustrer le sacrifice de ces hommes ? 
Ensuite, même si ce fut Nivelle qui termina la bataille, Pétain ayant été écarté car opposé à la tactique de Joffre, l’homme en tira une popularité parmi les soldats et surtout les Français qui explique en grande partie son accès au pouvoir en 1940 et le fait que de nombreux Français le suivirent dans les premiers mois de l’Occupation. 





Flounts

mercredi 3 février 2016

Que se passe-t-il en Pologne ?



Depuis quelques semaines, malgré une faible médiatisation, la situation en Pologne est tendue. Et les titres feraient presque penser à un retour au 6 février 1934 : "dérive autoritaire" par ci, "fascisme" par là, il ne manquerait plus que les manifestations contre le pouvoir polonais se réclament de l'antifascisme et forment un Front Populaire...

En question : les dernières décisions du gouvernement Polonais au sujet des médias, qui menacent apparemment la Liberté d'expression et de la Presse dans ce pays. Quelle est l'ampleur exacte du phénomène et que peut-il se passer ? 

Des décisions contestées


Ayant repris le pouvoir en 2015, le PiS est un parti politique considéré comme conservateur et eurosceptique, reflétant particulièrement la continuité de la poussée critique à l'égard de l'Union Européenne. Aile "droitière" du mouvement Solidarnosc, il s'est opposé à la Plateforme Civique (PO), l'autre parti issu de la contestation du régime communiste, et a même exercé le pouvoir pendant deux ans entre 2005 et 2007.
La polémique porte sur deux grandes décisions pourtant annoncées par le PiS lors de la campagne qui l'a mené au pouvoir : le remplacement de 5 juges de la cours suprême et le Projet de loi sur les Médias publics.
La première de ces décisions inquiète logiquement puisqu'elle indique un contrôle possible du gouvernement sur la cours suprême et la seconde indigne au vu d'un accroissement du contrôle des médias par le pouvoir exécutif. En effet, le projet de loi prévoit la nomination des nouveaux patrons des médias publics par le ministre du Trésor alors que ceux-ci l'étaient autrefois suite à un concours.

Pour contester les nouvelles orientations prises par le nouveau gouvernement, 50 000 manifestants polonais ont défilé le 12 décembre dernier et il semblerait que la cote de popularité des nouveaux élus baisse déjà. La perception médiatique de tous ces faits est bien sûr négative : la Pologne se "Poutiniserait" et l'Etat de Droit voire la Démocratie serait en recul sous l'influence d'un parti réactionnaire voire fasciste. En ce sens, Le Petit Journal avait d'ailleurs montré à quel point les journalistes concernés étaient inquiets. Mais ne peut-on pas peindre un tableau plus nuancé de ces événements ?


Une situation dramatisée


Bien que le pouvoir actuel n'y aille pas de main morte, il faut faire remarquer plusieurs éléments pouvant nuancer ces faits. Tout d'abord, il semble que la nomination des 5 juges réponde à une nomination que le parti précédemment au pouvoir avait déjà faite alors que plusieurs mandats de ces juges n'étaient pas arrivés à leur terme (pour bloquer toute réforme future disent certains). Le nouveau gouvernement réparerait donc (maladroitement) ce qu'il voit comme une injustice.

La justification de l'action sur les médias est plus difficile. Le gouvernement pense sincèrement et sans tabou (et c'est ce qui est le plus étonnant) que les médias appartenant à l'Etat ne doivent pas critiquer l'action du pouvoir exécutif qui n'est autre que leur... patron. Étrange conception de la presse et de son indépendance me direz-vous. Mais même si la liberté de la presse en prendra un coup certain, il ne semble pas que l'objectif soit de museler totalement celle-ci, les médias privés n'étant pas concernés (touchons du bois).
Par ailleurs, même si l'ampleur n'est pas la même, nous nous devons de balayer devant notre porte. En 2009, le Président Nicolas Sarkozy avait directement nommé le président de Radio France (Jean-Luc Hees), ayant entraîné par la suite le "renvoi" controversés de chroniqueurs dérangeants comme Christophe Guillon et Didier Porte. Depuis, le CSA a repris cette prérogative de nommer le président des entreprises audiovisuelles publiques en France, mais il ne faut pas oublier que celui-ci est composé de personnes nommées par le Président de la République, de l'Assemblée Nationale et du Sénat.
En résumé, il ne s'agirait pas tant pour le PiS d'attaquer le système démocratique que de prendre à contre-pied la politique jusqu'à présent menée, très libérale (en particulier sur les moeurs, mais aussi sur l'économie) et européiste.

En réalité, ce qui a mis en avant cette affaire est plus l'intervention de l'Union Européenne que les réformes en elles-mêmes, si controversées soient-elles. En effet, l'Union Européenne a souhaité réagir le plus vite possible face à ce quelle considère comme un recul de l'Etat de Droit en Pologne. Dès le mois de décembre, l'Union Européenne a annoncé un recours et discute avec l'Etat Polonais, annonçant même un retrait du droit de vote polonais au Conseil de l'Europe. Peu réaliste, cette velléité répressive renseigne plus sur les leçons que l'Union Européenne a pu tiré d'affaires récentes de la même nature. En effet, l'Espagne en 2010 et surtout la Hongrie de Viktor Orban avaient pris des décisions de ce type, sans que l'Union Européenne ne puissance réagir, faute de procédure. Cette fois-ci, bien que la menace sur l'Etat de Droit soit un peu exagérée, l'UE ne souhaite pas laisser passer ce qu'elle considère comme une atteinte à des principes devant être respectés par tous les Etats membres.

Au-delà des sanctions qui  seront probablement mineures, ces actualités démontrent une fois encore les vents contraires auxquels est soumis le processus de construction européenne, et du fossé qui existe entre certains de ses membres. L'Europe de l'Ouest et du Nord est très convertie à l'Etat de Droit, ayant historiquement participé à la formation de ce concept. Cependant, l'Europe de l'Est, nouvelle venue suite à la décomposition du bloc communiste, ne partage pas complètement cette vision libérale de la démocratie. Encore très revendicatrice de son identité et de sa souveraineté retrouvée, elle adopte des positions politiques et juridiques plus fermes et conservatrices, voire autoritaires aux yeux des occidentaux, correspondant à des mentalités moins progressistes. Profitant allègrement des aides européennes (notamment du FEDER), ces Etats n'entretiennent toutefois pas autant de relation avec l'UE que nous, n'ayant pas participé au processus de construction depuis le début. Ces dissensions ne se traduisent pas que par des aspects juridiques et constitutionnels. En effet, ces pays sont aussi ceux qui, au sujet des migrants, refusent les décisions prises par l'UE (surtout par l'Allemagne) en terme d'accueil de ces populations, pour des raisons identitaires : leur conception de la nation est loin d'être celle universaliste des pays d'Europe de l'Ouest. Les procédures ne vont pas uniquement dans le sens UE-Pologne, mais sont aussi intentées dans le sens inverse, comme le montre celle menée par le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie) contre la Commission Européenne, afin de contester les quotas de migrants. C'est par ailleurs cette dynamique qui incite aussi à un retour des frontières dans d'autres Etats (comme l'Autriche) pour maîtriser ces flux. 




En conclusion, malgré l'ampleur des décisions faisant reculer les libertés d'une certaine partie du paysage médiatique polonais, il semble tout à fait rocambolesque d'attribuer une quelconque identité fasciste voire "national-socialiste" comme le fait Guy Verhofstadt. Ces accusations à l'emporte-pièce dignes d'adolescents boutonneux embrigadés chez les antifas donnent plus d'information sur la panique de certains européistes que sur la réelle tournure que prennent ces événements.
Cette actualité a surtout une signification plus profonde : en réaction au constructivisme et au fédéralisme latents de l'UE s'affirment de plus en plus des tendances souverainistes et eurosceptiques, qui ne peuvent plus être ignorées ou simplement catégorisées comme populistes (ou pire encore). La possibilité d'un "Brexit" (sortie de l'UE par le Royaume-Uni) associée à d'autres convulsions encore possibles pour la Grèce et l'Euro n'arrangent en rien la stabilité politique et économique de l'Union Européenne qui voit aussi grandir la dimension politique de la contestation dont elle fait l'objet.
Voici venue l'occasion, sans doute, de réfléchir à une orientation plus raisonnable et réaliste de la construction européenne, pour plus de souplesse et d'efficacité, mais aussi pour mieux gérer son caractère disparate. La géométrie variable et la résilience, voilà l'avenir.



Vin DEX


























dimanche 17 janvier 2016

Le Dico des Idées : Modernité

Modernité : Ce mot désigne communément ce qui est récent, avec une idée de simultanéité avec le présent ou le passé proche. Dérivé du latin « modo » qui signifie « maintenant » ou « il y a peu de temps », ce terme s’est également doté d’une connotation positive, puisqu’il intègre aussi la notion de progrès, d’avancée pour l’Humanité. Pour autant, n’oublions pas qu’en histoire, les Temps modernes (ou Epoque Moderne) se situent approximativement entre la fin du XVème siècle et la fin du XVIIIème siècle, alors que nous appelons la période actuelle l’Epoque contemporaine. La modernité constitue aussi un idéal-type, c’est-à-dire une théorie tendant à décrire une réalité empirique. D’un point de vue politique, à quand peut-on faire remonter la « modernité » ? Quelles idées contient-elle ? Est-elle un horizon indépassable ?   

-L'émancipation individuelle : espoir déchu de la modernité.-

Princes et Etats modernes


Lorsque l'on parle de modernité politique, on peut tout d'abord penser à la modernité des structures politiques, c'est à dire celles d'un Etat Moderne. Cette modernité s'est construite sur une échelle de temps moyen, à cheval sur la fin de l'époque Médiévale et les débuts des Temps Modernes, en Europe. Elle émergea sous forme d'une révolution silencieuse, en particulier par la structuration progressive du Royaume de France entre Philippe II Auguste (1180-1223) et Louis XI (1461-1483), permettant au détour des aléas historiques et politiques (féodalité, conflits avec l'Angleterre, guerre civile, influence des principautés territoriales...) le renforcement de l'autorité du Roi et à une plus grande acceptation de celle-ci. Elle fut aussi accompagnée d'une augmentation considérable du domaine royal et d'un renforcement des relais du pouvoir royal qui se centralise. Le contrôle du Prince se développe dans les domaines des finances, de l'armée, de la justice voire de l'économie et même de la culture, en parallèle avec la constitution progressive d'un sentiment national appuyant la souveraineté du Roi. C'est dans une dynamique tout aussi progressive et incertaine que cette tendance s'affirma avec le concept si particulièrement français d'absolutisme avec des Rois comme François Ier, Louis XIII et Louis XIV.  

L'affirmation pratique de l'Etat et du Prince entraîne également avec elle une fertilité théorique dans la conceptualisation de la modernité. De nombreux théoriciens politiques ou juridiques définissent la Souveraineté, le Prince, l'Etat ou la Monarchie, et débattent à ce sujet. On peut ainsi citer Jean Ferrault qui relaye l'idée (non nouvelle) d'un roi "Empereur en son royaume" quand Claude de Seyssel met l'accent sur la modération de la monarchie française en 1519 dans son livre La Grande Monarchie de France, où il rappelle les "freins" à la souveraineté royale : la foi chrétienne, la justice et la police (administration du royaume). Au contraire, Guillaume Budé mit en avant le caractère absolu du pouvoir royal, tout comme Jean Bodin pour qui le souverain est à la fois maître de la justice et source de la loi : "La souveraineté n'est limitée, ni en puissance, ni en charge, ni à certains temps [...]. Poursuivons maintenant l'autre partie de nostre définition, et disons que ces mots PUISSANCE ABSOLUE. [...]."

Cette réflexion sur le Prince ne fut pas indépendante de la "Renaissance". Certes, ce concept date du XIXème siècle (Michelet, Burckhardt) mais la période qu'il décrit est celle d'un bouleversement de la vision du monde consciemment vécu par nombre de contemporains. A ce titre, on ne peut oublier le rôle de l'Italie dans la réflexion sur ces nouvelles structures modernes. Machiavel fut par exemple l'un des premiers à utiliser le mot "Etat" dans son sens actuel. Dans Le Prince (1532), il classe les différents régimes politiques, théorise la prise et la conservation du pouvoir par le Prince, dont la virtu est politique avant d'être morale. Incarnation d'une sorte de Raison d'Etat, son oeuvre fut fondatrice et commentée pendant plusieurs siècles. Parallèlement à celle-ci se développe aussi la réflexion sur le bon gouvernement à la manière des philosophes de l'antiquité, comme en témoignent les "Utopies", cités au régime politique idéal mais imaginaire traduisant une vision de l'Etat et du pouvoir. On peut ainsi citer les plus connues comme Utopia (Thomas More, inventeur du concept) ou La Cité du Soleil (Tommaso Campanella). 


Modernité contre Tradition


La modernité, c'est donc d'abord l'émergence du concept d'Etat qui amène à une réflexion politique retrouvée et de plus en plus poussée. Le deuxième sens de la modernité en découle : celle de la philosophie politique. 

Par habitude, on place aux origines de la modernité le concept de Cité Grecque et le Christianisme, la première constituant les prémices de la démocratie, le second à l'origine de la reconnaissance de l'individu. Mais ils n'en sont que les origines et non la définition : la modernité va en fait plus loin et se caractérise par deux faits : la séparation entre l'Etat et la Société Civile et entre le citoyen et l'individu. En poussant la réflexion, on peut aussi la considérer comme la séparation entre la vision idéalisée et finalisée du monde ; entre le rationnel, la culturel et le personnel (qui furent longtemps tous trois liés à Dieu) ; entre le monde objectif et le monde subjectif ; entre le monde naturaliste et celui de la Foi.

En ce sens, elle constitue donc une attitude contre la société traditionnelle, dans laquelle la place de la communauté est plus forte que celle de l'individu. On divise d'ailleurs dès le XVIème siècle les penseurs en deux catégories : les Anciens (ceux qui pensent que l'être humain est un être politique par nature, qui soutiennent la notion de "politique naturelle" et d'"essentialisme") et les Modernes (ceux qui pensent que l'individu se renforce par sa participation politique mais qui par nature échappe à la vie politique, autrement dit ceux qui défendent la notion de "contractualisme"). Cette division existe par ailleurs dans d'autres domaines comme la littérature, comme en témoigne la "Querelle des Anciens et des Modernes" entre les écrivains français du XVIIème siècle. 

On le voit la modernité est donc également une posture philosophique qui dépend du contexte : chaque époque peut avoir sa modernité, ses nouveautés. La modernité philosophique entamée pendant le XVIème siècle s'intensifie par la suite pour arriver aux deux événements qui selon Maurice Barbier, lancent la modernité et la traduisent politiquement : la Constitution Américaine et la Révolution Française. Celles-ci ont tendance à amener progressivement à une égalisation des droits, à une sécularisation de l'idée de travail (auparavant mal perçu notamment dans l'Antiquité), vu comme un moyen d'émancipation de l'individu de plus en plus affirmé. Associée à l'individu, l'idée de Raison amène néanmoins selon beaucoup à une atomisation de la société, à un repli sur soi, à la consommation, au désengagement politique et à la perte de sens du monde. La modernité n'est donc pas sans défaut ni exempte de toute critique. 



Critique de la modernité


Le concept de modernité ne fut donc pas unanimement approuvé. Elle fut d'abord touchée par des contradictions ou des défis (esclavages perdurant aux Etats-Unis, totalitarismes issus ou rejetant la modernité). Elle eut aussi des conséquences sociales non négligeables : l'application progressive de la modernité aux systèmes politiques engendra la constitution des sociétés modernes, dans laquelle l'individualisation favorise la lutte de tous contre tous. D'après Alain Touraine, la modernité aboutit toujours plus à un écartèlement entre le sujet et l'objet. D'après lui, l'enjeu est de redonner au sujet sa capacité de contrôle et de subjectiver en renouant le lien entre le monde de l'objectif et le monde du subjectif. La modernité serait souhaitable si elle se base sur l'identité, la rationalité et le sujet, qui permettrait la médiation entre les deux précédents. 

La critique de la modernité réside aussi dans les acteurs restés "Anciens" dans leur positionnement philosophique. L'Eglise fait partie de ceux-ci ayant critiqué la modernité de part l'importance de la tradition dans son dogme. Pie X dénombre 65 principales erreurs du modernisme et réaffirme sa critique du luthéranisme (en partie lié à la modernité) dans son syllabus Lamentabili Sane Exitu (Avec de Lamentables résultats) en 1907. La doctrine sociale de l'Eglise (rerum novarum en 1891) renvoie dos à dos les thèses du libéralisme et du marxisme, deux avatars de la modernité philosophique et politique. 

Un autre problème de la modernité est qu'elle ne considère plus la justice et les valeurs comme des qualités de l'âme et des individus (acquises par une éducation), mais qu'elle les voient comme des structures politiques et sociales mouvantes et devant garantir les Droits de l'Homme, seule véritable limite de la société moderne. Les idées de communauté, de valeur et de tradition ont donc largement moins de place dans la société au fur et à mesure que la modernité s'impose. 

Enfin Nietzsche conçoit le "dernier homme" comme un individu qui souhaite des droits mais ne s'implique plus politiquement, qui veut croire mais pas en Dieu. Dépossédé par la modernité, il a à la fois la passion de l'Egalité et la volonté de Liberté Individuelle : deux principes qui dans l'absolu se situent en contradiction. Par ailleurs, il considère que l'individualisation entraîne une parcellisation de la morale qui disparaît avec l'affirmation du droit à la place des traditions. 


Les nouveaux visages de la modernité


Bien que la modernité eut été critiquée, elle ne fut pour autant pas remise en cause de manière suffisamment large pour être arrêtée. Dans les pays les plus modernes, elle s'est toutefois recomposée. Le vieil Etat Moderne s'est doté de nouvelles missions (Etat-Providence) et prit davantage en compte les minorités. La communication entre l'Etat et la Société Civile fut renforcée par un resserrement de leurs liens après leur séparation. 

Le premier dépassement de la modernité fut critique à son égard : on parle de postmodernité. Les idées postmodernes se sont développées dans de larges pans de la connaissance, devenant à elle seule une epistémè : arts, culture, philosophie, sciences humaines, littérature, architecture... Elle critique la rationalité (voire le rationalisme) de la modernité, se nourrissant d'influences marxistes et nietzschéennes, mais aussi de Lévi-Strauss. Ses principaux représentants parmi les intellectuels français furent Foucault, Dérida ou encore Althusser, des tenants de ce qui fut appelé la French Theory. Entretenant aussi des liens avec le structuralisme, elle rejette en particulier les tendances universalistes de la philosophie des Modernes, trop englobante et ne se souciant finalement pas assez du particulier malgré son individualisme. La pensée postmoderne se méfie également de dichotomies vues comme manichéennes et réductrices (corps-esprit, liberté-déterminisme, homme-femme...). Les notions d’altérité et de différend y sont importantes dans un contexte plus global, multiethnique voire postnational. Ce mouvement a profondément renouvelé l'étude des sociétés et de la connaissance. Pour le démontrer, on peut évoquer son impact sur l'écriture de l'Histoire. L'histoire "postmoderne" étudie davantage les minorités, adopte une approche du passé plus sensible et moins scientifique, s'intéresse également aux événements non perceptibles. La vision d'un événement peut être bien plus multiples que n'aurait pu le croire des historiens du XIXème siècle (notamment les méthodistes) puisque le courant postmoderne considère que le discours sur la science a autant d'importance que la science elle-même. Même si le courant postmoderne ne fut pas unanime, il eut une influence non négligeable malgré son scepticisme sur les prétentions des sciences humaines et sociales à établir une certitude scientifique perçue comme dogmatique. Désabusée sur l'idée d'une raison absolue et totale ainsi que sur le progrès, elle symbolise bien la fragmentation postmoderne des sociétés, des identités et des individus, ainsi que la juxtaposition des modes de vie et cultures. La postmodernité fut une tentative de surmonter le désenchantement du monde suscité par la modernité, ses découvertes et ses utopies déçues et déchues. 

On le voit donc, l'après-guerre fut fertile en réflexion sur la modernité et un éventuel dépassement de celle-ci. Mais de nos jours semble émerger un concept nouveau sur la période actuelle : celui d'hypermodernité. Elle ne désigne pas (tout du moins pas encore) un courant de pensée, ni une démarche épistémologique. Ce concept semble plus être un outil descriptif de l'amplification de la modernité que nous sommes en train de vivre depuis les années 1990-2000. Elle désigne en particulier la radicalisation des mécanismes déjà contenus dans la modernité : marché et mondialisation ; progrès scientifique et technique et accélération de la vitesse de circulation des idées, marchandises et informations ; consommation et concurrence. Les conséquences sociales de ces phénomènes sont nombreuses et elles aussi accrues et parfois contradictoires : recherche individuelle de jouissance, culte du corps, augmentation de la violence, perte de repères moraux, identitaires, culturels, crispation par rapport à cette perte, présentéisme et attachement au passé. C'est aussi l'individu qui dans ce contexte peut subir plus de troubles psychologiques face à une société plus multiple et toujours aussi conventionnelle, mais dont la morale et les valeurs ont profondément évolué. 






Pour conclure, on peut dire que la modernité est un terme polysémique et dont le sens dépend de l'époque et du contexte. Car si elle désigne surtout la structuration des Etats à la fin du Moyen Age et au début des Temps Modernes, elle est aujourd'hui synonyme de technologie en lien avec notre époque, voire de futurisme. Sa conceptualisation a toutefois permis de la distinguer de l'idée de permanence et de tradition et lui a donné le sens du progrès des individus et des sociétés par la Raison. Mais celle-ci s'est littéralement fracassée sur ses propres conséquences et fut remise en question, sans toutefois être fondamentalement contestée. Recomposée, elle s'est déconnectée de l'idée de progrès et de vérité absolue et universelle pour subsister dans la neutralité de la technoscience et ses implications individuelles et sociales, tout en laissant plus de place à toute forme de relativisme et de pluralité. Elle n'en reste pas moins une notion extrêmement commode et utilisée, reflétant l'évolution de l'homme individuellement et socialement. 






Sources

Jean Kerhervé, La naissance de l’Etat Moderne. 1180-1492. Hachette Supérieur. 2009.
Joël Cornette. L’affirmation de l’Etat absolu. 1492-1652. Hachette Supérieur. 2009. 
Delacroix, Dosse, Garcia, Offenstadt, Historiographies. Gallimard. 2010. 





dimanche 3 janvier 2016

Bonne et heureuse année 2016 !



Nous souhaitons à tous les lecteurs du blog une heureuse année 2016.

Que celle-ci vous place ou vous perpétue dans les conditions du bonheur, en vous apportant satisfaction dans tous les domaines.


jeudi 31 décembre 2015

Rétro 2015 : l'année hypermoderne

Bonjour à tous, 

Fidèles à nos traditions, nous allons procéder à la fameuse rétro de l'année écoulée, comme le font un peu tous les médias, et comme nous le faisons chaque année. 
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'actualité souvent chargée de l'année que nous venons de vivre la rend particulièrement importante. Pour ma part, j'y ai vu l'accélération de ce que certains appellent "l'hypermodernité". Ce concept est bien sûr dérivé de celui de modernité (que nous aurons l'occasion de voir dans le prochain article du Dico des Idées) et fait suite à ce qu'on appelle souvent la postmodernité, ce désenchantement face à la modernité et ses déceptions. L'hypermodernité serait en fait une amplification de ce que la modernité a apporté, et se caractérise par un certain excès dans tous les domaines où elle a pu avoir des conséquences. 
L'objectif de cet article n'est donc pas de tout dire sur cette année chargée, mais d'en rappeler les événements typiquement "hypermodernes". 




Une société bouillonnante



La société hypermoderne est d'abord une société dans laquelle la légitimité des autorités est de plus en plus faible. A l'excès, les groupes sociaux se disloquent et se recomposent, se croisent et se multiplient, rendant le phénomène d'identification et le sentiment d'appartenance plus complexes. Cette remise en question des autorités, déjà présente dans le concept de modernité, s'est amplifiée au point de toucher des autorités qui appartenaient à la modernité elle-même. On peut par exemple rappeler le mouvement continu touchant les dirigeants, hommes politiques et partis politiques, et qui n'a fait que se confirmer lors des élections de cette année. D'abord parce que celle-ci voient toujours une grande abstention (bien que celle-ci ne progresse plus tant que cela et même diminue légèrement). Mais surtout parce qu'elles ont vu la confirmation de l'émergence d'un tiers-parti par rapport à la bipolarité classique, à savoir le Front National, qui entretient et profite de la perte de confiance progressive envers les partis de gouvernement. Si le parti de Marine Le Pen n'a pas réussi à accéder au pouvoir, tout l'intérêt sera de voir si cette montée est suffisamment durable pour faire chuter les partis habituels aux prochaines élections. 

Mais la société n'est pas seulement en manque d'autorité. Elle est également en proie à des défis accrus dans de nombreux domaines. Le sentiment que tout s'accélère nous envahit et nous laisse consciemment impuissant face à la tornade de la mondialisation qui rebat les cartes, recompose les territoires,... Le caractère "hyper" de celle-ci s'est encore confirmé cette année.
D'abord économiquement et socialement avec les difficultés toujours pesantes de notre pays à résoudre le problème du chômage. En comptant toutes les catégories des demandeurs d'emploi à Pôle Emploi, on atteignait presque 6,3 millions de personnes. Le taux de chômage en avril dernier était de 10,5 pour cent. Dans les faits d'actualité, cette tension s'est notamment retrouvée dans les violences ayant eu lieu dans le contexte du plan de licenciement prévu par Air France, avec à la clefs les images qui ont fait le tour du monde, à savoir celles du DRH de la société escaladant une grille avec une seule cravate autour du cou et une chemise en lambeaux. Violence physique répondant à la violence sociale selon de nombreuses personnalités de gauche (et notamment Jean-Luc Mélenchon), mais surtout violence témoignant du bouillonnement de notre société "hyper". Dans un autre registre, moins violent, les excès du marché ont notamment concerné un autre secteur en proie à des doutes : le secteur agricole, avec la crise des éleveurs et les manifestations de ceux-ci pour soutenir le prix de leur production vendue à la grande distribution.

Ensuite d'un point de vue politique et culturel ("sociétal" diront certains). La mondialisation n'est pas seulement la libre circulation des biens et des capitaux, ou encore la concurrence et la division internationale du travail. Elle signifie aussi la libre-circulation des personnes. Le sujet d'actualité ici lié est évident : celui des migrants, qui a littéralement traversé l'année de part en part, revenant régulièrement sur le devant de la scène, au rythme des drames humains et polémiques, des traversées maritimes et passages aux frontières terrestres. Incitant tout d'abord à un élan de générosité en Europe (accueil de migrant au niveau local, répartition au niveau européen), le sujet des "migrants" a ensuite entraîné un repli : exclusion de la Grèce des accords de Schengen, renforcement des frontières extérieures (frontière hongroise) et même intérieures (frontière autrichienne). Cela est dû à un autre fait connexe et révélateur des tensions mêlées : les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis.

C'est bien sûr le fait marquant de cette année : le terrorisme ayant frappé à plusieurs reprises notre territoire, touchant des cibles politiques et communautaires (siège de Charlie Hebdo, Hyper Casher) puis "aveuglément" (restaurants, le Bataclan et le Stade de France). Ces actes furent à la fois prévisibles (l'intervention en Syrie en 2014 est en cause selon les terroristes) et nouveaux (par le nombre de personnes atteintes et par la nature de certaines attaques qui furent des attentats-suicide). Ils révèlent non seulement en partie les tensions internationales (affirmation et croissance de la menace terroriste dans de nombreux endroits du monde, touchant plus encore des pays dits développés), mais aussi les difficultés internes de notre Etat et de notre Société. Le manque de repère et d'autorité, la multiplication des identités et les tensions communautaires, le contexte social, économique et international, ont convergé vers ces "hyper"atrocités. Face à cela le modèle laïc sans cesse réaffirmé peut-il suffire ? L'hyper-laïcité aura-t-elle raison de nos tiraillements identitaires ?


Des individus déboussolés



Nous le disions, l'accélération de l'hypermodernité lance des défis à nos sociétés, toujours plus complexes et exposées. Mais cela déstabilise aussi en partie les individus qui peuvent être touchés par l'exclusion (chômage par exemple) ou la perte de repères (identité, appartenance...). Cela, couplé à l'individualisme et à la négation de l'altérité, peut entraîner chez l'individu hypermoderne un narcissisme, du stress voire de la dépression. 
L'actualité de 2015 pouvant illustrer ces faits est celle du crash du vol 9525 de la Germanwings le 24 mars dernier. En effet, la cause même de ce crash ayant fait 150 morts est le choix personnel du copilote Andreas Lubitz, qui souffrait selon un proche d'épuisement professionnel et de dépression, ce qui l'avait amené à suspendre sa formation pendant un temps en 2009. Il fut sujet par la suite à un burn out avec des tendances suicidaires. Les anxiolytiques et antidépresseurs qui composaient son traitement furent peut-être aussi l'élément déclencheur de son passage à l'acte selon Bernard Debré. 


La question environnementale



Le dernier "hyper" de notre modernité concerne l'environnement et la dégradation irrémédiable de celui-ci. De ce point de vue, 2015 est bien hypermoderne. Déjà classée comme année la plus chaude depuis les premiers relevés météorologiques (battant ainsi 2014), elle fut riche en événements confirmant de plus en plus les effets du changement climatique : vague de chaleur en Inde (30 mai), incendies en Californie (septembre), nuages de pollution en Chine (décembre) ou encore douceur exceptionnelle de la fin de l'automne et du début de l'hiver (plus de 0 degré Celsius au Pôle Nord aujourd'hui). Et l'accord vu comme "historique" suite à la COP 21 de Paris (limiter à 2°C le réchauffement climatique) est bien synonyme de notre incapacité à un retour à la normal : il s'agit de limiter et de contrôle le phénomène plus que de l'inverser. Il contraste par ailleurs avec les pratiques industrielles encore très imparfaites comme le révéla le scandale Volkswagen. Ce n'est que dans un avenir à moyen ou long terme que nous verrons l'efficacité du soucis écologiste et environnementaliste au niveau planétaire.  





On l'a vu plus ou moins artificiellement, 2015 s'est jouée selon la logique de l'hypermodernité émergeant des années 1990-2000. L'amplification des différents aspects de la modernité, de la mondialisation, donnent l'impression d'une accélération du temps et d'une intensification de l'histoire. Sans prise sur ce dérobement, la société et les individus sont soumis à un présentéisme et à un urgentisme qui peut être difficile à gérer psychologiquement et socialement alors que les éléments de stabilité, repères et autorités sont en diversification et en recomposition. Le contraste entre la liberté et les exigences toujours grandes de la société et du système multiplie les problèmes psychologiques d'individus fragiles qui dans des époques précédentes (modernité voire post-modernité) vivaient moins longtemps.
Ce qu'il y a d'intéressant, mais aussi de vertigineux, c'est de voir et comprendre de quoi va accoucher cette hypermodernité, si celle-ci a une fin ou une issue. Va-t-on devoir encore et toujours innover dans l'utilisation des préfixes pour les accoler à la modernité ou celle-ci est-elle sur le déclin ? 





Sources

Sciences Humaines
20 minutes
RFI
Wikipedia



Vin DEX